Affichage des articles dont le libellé est rome. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rome. Afficher tous les articles

mardi 5 octobre 2010

Rome Jour 4 - Al Presidente


AL PRESIDENTE - Via in Arcione

Une rencontre pourtant fera mon bonheur en cette fin de voyage morose.

Je ne voulais plus voir de Rome que ce qu'elle dissimulait : les murs sales, les vieilles affiches, les portes closes... Le sans intérêt me reposait.

Je tombe alors sur une devanture dont les portes, entre-ouvertes, sont couvertes des macarons colorés de divers guides, label, marques .... Routard 2010/2009/2008, Petit Futé, Lonely Planet, Guide Michelin, pour ceux que je connais ...

Intriguée par ces lauriers et l'apparente modestie de l'échoppe, je franchis le seuil de ce qui me semble être un restaurant. Sur la porte, des horaires d'ouverture. J'arrive trop tôt.


Je surprends un homme derrière le bureau d'accueil. Je m'excuse :

"Pardonnez-moi, je sais que vous n'ouvrez qu'à 13h30 mais je n'ai pu m'empêcher d'entrer. Vous auriez une carte du restaurant que je puisse me souvenir de vous ? Vos références sont impressionnantes ! J'aimerais beaucoup revenir un jour pour goûter votre cuisine."

"Merci mais malheureusement nous fermons pour les congés d'été. Attendez je vais vous trouver une carte. Il doit en rester une quelque part... Ah mince je pensais qu'il m'en restait une ... nous remisons tout en fin de saison ... mince ... attendez une minute ... "

Là il farfouille dans les piles de paperasses amassées plus ou moins soigneusement devant lui, ce qui me laisse le temps d'apprécier les lieux. La salle est d'une rare simplicité ; on imagine bien que la déco, elle aussi, était d'ores et déjà "remisée".

J'entends alors, imperceptiblement, une légère mélodie connue. Je tends l'oreille, ne prêtant plus aucune attention au pauvre réceptionniste maintenant à genoux sous son bureau, qui, dépité, arrachait la feuille d'un carnet qui trainait là pour noter à la main le nom du restaurant et son numéro de téléphone.

"Tchaikovsky" m'écriais-je ! "Mon concerto favori", celui que j'ai écouté en boucle cet été.

Il lève les yeux vers moi, incrédule. "Vous connaissez ? "

"Oui je n'ai cessé de l'écouter ces dernières semaines ! "

Nous ne disons plus rien. Le mouvement se termine. Je quitte le bonhomme avec un grand sourire, son papier à la main et des airs de violons dans le cœur.

Il est l'heure de rentrer...

Ah j'oubliais ! Je suis passée à nouveau devant la Fontaine de Trevi, toujours aussi invisible derrière son rideau de bermudas et autres mini-shorts jamais très bien portés...

J'arrive trop tôt à l'auberge. Je patiente encore au bar, mais Agnès est déjà partie ; elle ne voit plus rien d'autre que le cadran numérique de son téléphone.

Le récit de mon retour est sans intérêt. Il n'y a plus de cœur, juste l'impression d'être ce mouton qu'on reconduit à la bergerie après qu'il se soit écarté du troupeau, pour quelques heures de douce liberté.


A bientôt Rome !

Je reviendrais mieux chaussée, mieux accompagnée, car il m'a manqué un complice lors de ce voyage, autre que mon petit carnet de poche, plus sage, moins impatiente, mais toujours avide et conquérante.

Ainsi se clos mon périple. Je l'agrémenterais de notes de temps en temps, lorsque que ressurgiront des souvenirs aujourd'hui endormis, ou des précisions nécessitant un récit moins linaire et anecdotique.

Al Présidente
Via in Arcione, 95
066 797 342
Site internet

samedi 18 septembre 2010

Rome Jour 4 - Les anges restent de marbre


Dernier jour, déjà ...

je n'ai pas eu le courage de poser ces lignes sur mon carnet. Je ne les livre qu'aujourd'hui, un mois plus tard. Ce matin , j'ai du mal à me lever. Je veux encore profiter au maximum de la ville, mais mon corps en a assez et s'accroche désespérément aux draps.

Je rassemble mes affaires en silence, pour ne pas réveiller le couple de brésiliens. Je traine des pieds. Le petit déjeuner est pris le cœur gros. Angus, en tenue de cuisto (c'est lui qui prépare les petits-déjeuners...) fume une cigarette dans le couloir et fait briller ses yeux une dernière fois.

Au revoir Angus, arrividecchi The Yellow, ce n'est pas un adieu, rendez-vous dans cinq ans !

Je laisse ma valise à la consigne et entreprend mon dernier pèlerinage, vers la Cité du Vatican. Je prends le métro où une foule de pieux visiteurs de toutes nationalités m'attend en nombre. On se croirait à Babel ... ou dans un souk ... ou non, dans un supermarché en période de soldes ... non je sais ! Comme dans la file d'attente d'un parc d'attraction ...

Les rames romaines sont modernes, propres, automatisées, bien éclairées, rassurantes. Ce qui n'empêche pas d'assister à l'étrange manège d'escadrons de bohémiennes : par formation de trois ou quatre petites jeunes-femmes au teint halé, les seules à porter de longues jupes à lourds pans, enfants en bandoulière, elles dissimulent leurs mains en scrutant d'un œil tout aussi agile les bagages des passagers comprimés les uns aux autres.



Tout ce beau monde s'arrête à la station Ottaviano "San Petro".

La voie est large, et on observe déjà les hauts murs de brique du Vatican. Malgré la foule, le calme règne. Comme si le vœu de silence était respecté par tous, même le vent. La file d'attente pour le musée du Vatican est monstrueuse, délirante ... cela se compte en kilomètres ... Je n'avais pas prévu d'y entrer de toute manière, ayant déjà gouté au privilège d'une visite mémorable il y a cinq ans. Je franchis la Porta Angelica et me retrouve Piazza San Pietro. C'est la colonnade qui retient le plus mon attention. Sachant la basilique inatteignable (là aussi une marée humaine s'y pressait) j'ai détourné mes yeux pour ne pas rendre plus grande encore ma frustration. Je ne reste pas très longtemps sur la place, visite une ou deux échoppes de souvenirs en me moquant bêtement des effigies du Pape sur les tasses ou autres bricoles.

San Pietro in Vaticano - 1506 - 1614

Je suis remontée, j'endève de passer à coté de ma visite ! Mais je n'en peux plus !! Mon éponge est engorgée, je ne peux plus rien absorber... Je tourne le dos à l'obélisque et me dirige vers le Tibre, par la Via della Concialiazione.

... un pont ....

Les sculptures seraient-elles du Bernin ? Non, elles sont sur le pont d'à coté.

Castel Sant'Angelo - IIe siècle ap J.C

Le Pont Saint Ange


Vue « carte postale » du Castel Sant'Angelo. Il serait bon que j'en saches un peu plus sur cet édifice (pourquoi a-t-il cette forme circulaire incongrue pour commencer ?). J'arrive sur le Pont Saint Ange, et là commence un sublime Calvaire :

De part et d'autre du Ponte Sant'Angelo, à un rythme régulier, s'élèvent des statues monumentales en marbre qui représentent les Anges portants les Arma Christi (instruments de la Passion). C'est donc un véritable chemin de croix que j'entreprends les yeux rivés au ciel (en effet les sculptures sont monumentales, il faut lever haut la tête pour les détailler).

* Ange au fouet de Lazzaro Morelli, avec l'inscription
«
je suis prêt au châtiment » (« in flagella paratus sum »)
*
Ange à la couronne d'épines, copie du Bernin par Paolo Naldini, avec l'inscription « dans mon angoisse, tandis que l'épine s'enfonce » (« in aerumna mea dum configitur spina »)
*
Ange portant le voile de Sainte Véronique de Cosimo Fancelli, avec l'inscription « regarde la face de ton Oint » (« respice faciem Christi tui »)
*
Ange portant un vêtement et des dés de Paolo Naldini, avec l'inscription
« i
ls tirent au sort ma tunique » (« super vestimentum meum miserunt sortem »)
*
Ange portant des clous de Girolamo Lucenti, avec l'inscription « ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé » (« aspicient ad me quem confixerunt »)
*
Ange à la croix d'Ercole Ferrata, avec l'inscription « l'insigne du pouvoir est sur son épaule » (« cujus principatus super humerum eius »)
*
Ange portant le titulus INRI, copie du Bernin et de son fils Paolo par Giulio Cartari, avec l'inscription « Dieu a régné par le bois [de la croix] » (« regnavit a ligno deus »)
*
Ange à l'éponge de vinaigre d'Antonio Giorgetti, avec l'inscription
«
ils m'abreuvent de vinaigre » (« potaverunt me aceto »)
*
Ange à la lance de Domenico Guidi, avec l'inscription
«
tu as blessé mon cœur » (« vulnerasti cor meum »)

(détail) Ange à la lance - Domenico Guidi

Les sculptures sont inégales, mais tout de même de grande qualité. Il me semble qu'elle ne sont pas toutes du Bernin (vérification faite, aucune d'entre-elle n'est de la main du maître, mais certaines sont des copies, et d'autres tirées de ses dessins préparatoires). Je m'arrête, extatique, devant l'ange portant la croix, l'ange à la lance, l'ange au titulus ... Ce dernier est extraordinaire ! Il rit ! Il est la Passion. La sculpture est imposante, mais les traits et les drapés sont amples, mouvants, vivants, malgré l'épaisseur de la pierre. Le blanc du marbre est exalté par le contraste du ciel d'un bleu jamais vu. C'est de toute beauté ! Et aveuglant. Je perds une nouvelle fois le nord.

Je fais demi-tour et entre à nouveau dans le quartier Navona.

Je traine, je n'ai plus envie de savoir ce qu'il a de remarquable autour de moi, je manque délibérément de hauts lieux touristiques, car de toute manière je ne pourrais tout voir de Rome, alors un de moins dans la liste passera inaperçu.

Boudeuse, j'avance tout de même sur la Piazza Navona, observant plutôt les dessinateurs ambulant et les musiciens que les glorieuses fontaines du Bernin.

Vous m'emmerdez à être trop beaux, trop blancs, marre des hauteurs, je suis fatiguée d'avoir le vertige ...


(détail) Fontaine de Nepture, de Gregorio Zappalà e Antonio Della Bitta - Piazza Navona

samedi 4 septembre 2010

Rome Jour 3 - Au delà du Tibre

13h - RDV en face de l'ambassade de France, Palazzo Farnèse


Je fonce droit au cœur de la ville, traversant à toute allure la Piazza di Spagna surbondée, prenant à peine le temps de faire quelques photos.

Ma jupe est décidément trop légère, je montre mes sous-vêtements à qui le veut !

Ouf ! Je n'ai qu'un quart d'heure de retard. J'ai eu peur de ne pas reconnaître mon indic'. Angus est ravi, rasé de près.

Il me montre son quartier, me montre du doigt, depuis la rue, les plafonds des salles du Palais Farnèse qui ne sont jamais ouvertes au public. Nous arpentons les petites ruelles ombragées qu'il aime. Il me fait rentrer dans la cour du Palazzo Spada, où se trouve un trompe-l'œil étonnant : au travers des baies vitrées d'un salon-bibliothèque rempli de vieux livres, d'un riche fauteuil de cuir usé, et d'un planisphère extraordinaire, une perspective s'ouvre sur une colonnade voutée menant, au fond, à une sculpture antique. C'est l'œuvre de l'architecte baroque Borromini, à qui on doit maintes merveilles à Rome et ailleurs (la Chapelle de Sainte Agnès pour ne citer qu'elle). Ce trompe-l'œil est étonnant. On croirait que la galerie longue d'une trentaine de mètres, alors qu'elle n'en fait que 8, et la sculpture monumentale, alors qu'elle ne mesure que 60 cm. Il faut le voir pour le croire.



Il me propose une balade dans le quartier de Trastevere, littéralement "de l'autre coté du Tibre" : ça tombe bien j'avais prévu d'y faire un tour. Je ne me souviens plus tellement de nos sujets de conversation. Au restaurant (mmmmh les pasta au pesto, la brushetta et le vino bianco !), on parle jeux videos, de ses petits boulots, de ma garde-robe. Il m'avoue qu'il a eu des problèmes de boisson, et que désormais il fait très attention. « We all have a story ». Je n'ai pas cherché à creuser plus loin, ne pouvant assumer un rôle d'accoucheuse. Je reste silencieuse. Il me demande à quoi je pense. Je réponds « boulot », « argent », « ventre », « cœur ». Je lui retourne la question. Laconique, il répond « rien », en m'expliquant, avec cette jolie image du crâne à tiroirs, qu'un homme, contrairement aux femmes, peut effectivement ne penser ... à rien. C'est une case qu'eux seuls savent remplir (ou laisser vide).

Mon ami a de la tristesse dans les yeux. De la douceur aussi. Cela fait 2 ans qu'il est à Rome. Il ne se mélange pas trop. A connu quelques aventures mais ne reste jamais avec ces italiennes qu'il juge trop nerveuses, envahissantes, hystériques. Il ne reviendra pas chez lui (petit bled d'Ecosse), du moins pas pour le moment. Il partira d'ici quand son heure aura sonné, et ne s'avoue pas encore avoir besoin de fonder une famille. Il est comme le vent. Trop gentleman pour m'inviter chez lui, il le regrettera plus tard, puis oubliera.

Une jolie promenade donc ... Je ne suis pas aussi attentive aux murs que lors de mes déambulations solitaires. Ici ils sont encore plus chauds qu'ailleurs : terre de sienne, ocres, lierre et vignes se partagent tranquillement les façades. Les pavés sont silencieux, la vie est en suspend.


UNE ÉNORME GLACE !


J'ai eu les yeux plus gros que le ventre. Angus me regarde, amusé.

Il me raccompagne jusqu'au Capitole. Je ne suis pas à la bonne échelle. Après avoir côtoyé la simplicité pittoresque de Trastevere, l'orgueil de ce monument blanc m'écœure, m'incommode. Je monte tout de même en haut de la « Machine à Écrire »


Senatus Populusque Romanus - le Sénat et le Peuple Romain ... et moi et moi et moi

SPQR ? Qu'est-ce ça veut dire ? Sur les plaques d'égout comme sur les monuments, ces quatre lettres sont gravées, autoritaires, fières. Je trouve dans la basilique toute proche, Santa Maria d'Aracoeli, un refuge idéal, céleste. A noter : le plafond à caissons incroyable de dorures et de complexités ornementales, les tombes usées par les pieds des pèlerins, badauds, curieux, et l'ouverture, oculus de lumière encadré par deux anges, à l'entrée.


Je marche sur des tombes...

Je voulais fouler d'autres décombres mais, à la vue du Forum, ce qui me restait de motivation est balayé comme feuille au vent. Je me contenterais de le voir de haut. Je rentre par la Via Nationale, épuisée.

Sieste de 18h à 20h.

20h - Happy Hour et un suédois "plus fun d'une purée de poix"

Angus n'est pas encore parti à son match de foot. Je prends un premier verre de vin au Yellow Bar, et j'entame le compte-rendu de ma journée, attablée à l'intérieur. Je gribouille pendant trois-quarts d'heure, sirotant quelques verres avant la fin de l'happy hour.

Un gaillard à ma droite griffone aussi. Il semble très concentré. Il hésite longtemps avant de poser sur le papier ses impressions. Il écrit un carnet de voyage lui aussi. Sa calligraphie est étonnante « pour un homme » (ça ne veut rien dire j'en conviens). Ses lignes sont très espacées, son encre très diluée. Il ose me demander une cigarette. Je partage avec lui ma dernière tige.

Il s'appelle Kristaps, on le surnomme Michka (comme le petit ours russe de mon livre d'enfant), pour faire plus simple. Ce type ressemble à une star américaine : cheveux longs, immense silhouette body-buildée, petite tête, yeux bleus, mâchoire carrée, mains immenses ... Il aurait pu me plaire, si j'avais eu le temps de passer outre le caricatural de son physique imposant. Il vient de Stockholm, est en transit à Rome. Il revient de Croatie. C'est un globe-trotteur, ingénieur en réseau je ne sais quoi ... Et il me parle musique, voyage, paysages ... Je suis ravie de cette rencontre inopinée.. C'est un garçon très riche, très enthousiaste, vif, et plein d'humour. Quand je lui demande ce qu'il fait pour s'amuser chez lui, il me réponds par une question : "que penses-tu d'une purée de poix ? " .... Je réponds : "c'est épais, lourd, nourrissant, simple, mou, pas très élaboré, raffiné...". Il tonne "c'est exactement à cela que ressemble à Suédois ! ça a le même goût !". Nous entamons une sortie non loin de la gare, échangeant sur Bach, Beethoven, Schumann, Rachmaninov, Tchaikovsky, Wagner ... Je m'amuse beaucoup. On rentre sagement quelques heures plus tard à l'auberge, fumons encore quelques cigarettes soutirées à deux bruyantes et fades américaines. On se quitte bientôt, en échangeant rapidement nos coordonnées.

Je m'apprète, sereine, à passer ma dernière nuit romaine. Je ne suis pas encore triste...

Rome Jour 3 - Le Passage - Nedko Solakov à la Galleria Borghese


NEDKO SOLAKOV
The Passage
(a commissioned art work's story)




Deux tableaux, représentant un puits de lumière sur un fond noir uniforme, sont disposés l'un en face de l'autre, au centre de chaque petit pavillon. A priori rien de fabuleux. Sujet éculé, banal, une « installation » de plus à ajouter au grand cortège du « n'importe quoi » conceptuel de notre époque. Une plus petite toile est placée contre chaque chevalet. On y voit ... un talkie-walkie... Non franchement ça ne donne pas envie de s'approcher. Ah ? un vrai talkie walkie est posé sur l'estrade, comme oublié par un vigile ... On aurait presque pu y croire ... Sur l'autre petit châssis, une toile avec des caractères gribouillés, imbéciles ...


J'allais sortir, dépitée, quand, prise de regrets, je me force à lire les propos de l'artiste (ici) ,le pourquoi de l'installation.C'est une commande. L'artiste vient de perdre son père, mais décide de tout de même répondre à l'institution. Aussi bien qu'il le pourra.

La lumière blanche. Celle qui, dit-on, arrive à votre mort. Soit. L'artiste est conscient de la banalité de l'image. Il va détourner ce poncif et la gravité du propos, en habitant son installation de petits apartés, de petites parenthèses, de légers commentaires drolatiques, tout droit tirés du langage parlé, presque « texto ». Cela ressemble aux gribouillis qu'on fait sur ses copies de classe, pour dire combien la leçon est « chiante », combien de le pull de la voisine est « nase », combien on est obsédé par « Kevin » dont on grave le nom 100 fois sur la marge de ses devoirs ... Des « bons mots », des « rien du tout » qui font sourire, qui disent ce qui est tût, ce qui trotte dans la tête, les obsessions, les peurs, les lassitudes, les envies. Des mots écrits dans tous les sens, sans grammaire, sans règles, des dessins, des bonshommes, tout un langage qui, en somme, trompe ici la mort.

Après les trompe-l'œil, les trompe la mort ... Tout se tient !

It's a cancer !
Hello ...

HELP ...

I'm not that important

I'm not part of the subject

(ou d'autres symboles approchant)

Dénicher les indices laissés par l'artiste m'amusera beaucoup : je joue autour des chevalets, cherchant où il a pu planquer un petit bonhomme, un gribouillis, une phrase cryptée, un trait d'humour. D'autres amateurs jouent avec moi.

Je repars, guillerette, heureuse d'avoir fait cette nouvelle expérience, et d'avoir interagis avec une œuvre. Heureuse d'avoir pris le temps aussi ...

Plus de photos ici
Website de l'artiste ici
Site du musée > Expo The Passage ici

Rome Jour 3 - Vertiges à la Villa Borghèse



C'est elle que j'espérais si fort depuis 5 ans ! Je la rêvais, j'adulais, j'embellissais toujours. Je n'ai craint aucune déception, et après l'avoir arpentée une seconde fois, je lui voue à présent un amour éternel.

Le bâtiment, d'un blanc immaculé, ébloui fortement, réfléchissant les feux d'un soleil ardent. Une petite troupe d'amateurs se presse déjà devant les portes, tranquille au dehors, tendue au dedans.

Enfin les portes s'ouvrent !

BERNINI, Gian Lorenzo - Apollon et Daphné (1622-25) marbre de Carrare - ht 243 cm

Je me rue vers mes amants maudis. Même émotion. Toujours ce frisson, moins fort que la première fois : ce n'est plus en pucelle que j'assiste à l'acte. La perfection des lignes, la légèreté de la pierre, ce caractère intouchable qui sied si bien à la scène, rend mes amants lointains. Ils sont l'incarnation du divin, il ne peuvent être atteints, surtout par celle qui sait quels supplices attendent les impies coupables d'húbris.

Mes entrailles réclament pourtant plus d'audace, plus d'extase, du charnel. Je ne tarderais pas à croiser la routes d'autres charmes ... Assouvie, je retourne dans la première pièce.

1ere salle : je n'avais pas remarqué la grande qualité des mosaïques, et des plafonds peints. D'imposantes sculptures de gladiateurs et de faunes provocateurs animent les pans de murs.

2nd salle : un Dionysos de Caravage « sombrissime », presque verdâtre, des plafonds peints très réalistes, sur le thème du cortège de Bacchus, envahis par des faunes facétieux.

3e salle : thème égyptien, rien de notable.

4e salle : Enée du Bernin, une ÉNORME Vérité, des putti mignonets.

5e salle : sur le thème d'Hermaphrodite. RAS

6e salle : la grande galerie, et un coup de foudre (programmé) :

BERNINI, Gian Lorenzo
L'enlèvement de Proserpine (1621-22) marbre de Carrare - ht 255 cm


L'enlèvement de Proserpine, du Bernin

Voilà du charnel ! La sculpture est transcendantale, alchimique. Un travail de maître ! J'aurai tant aimé voir le sculpteur à l'œuvre. Je tourne, tourne, tourne autour du couple. Pluton, contrairement à la parfaite impassibilité d'Apollon, est rigolard. Bien campé sur ses deux jambes, il rit de la fuite désespérée de sa captive. Elle en fait un cinéma ! Sa lutte est aussi délicate que ses chairs sont blanches. Les corps tournoient. C'est envoutant, presque excitant. Je suis seule au monde, rien d'autre ne saurait retenir mon attention.

BERNINI, Gian Lorenzo - L'enlèvement de Proserpine (1621-22) marbre de Carrare - détail

7e salle : je reviens vers Apollon, pour jouir d'un dernier frisson.

8e salle : David du Bernin, et un autre du Caravage. Il y a trop de monde. Un buste au marbre ambré, moucheté, boudé par le public, attire mon regard.

9e et dernière salle : Eugénie de Canova. Je l'ai trouvée belle un jour. Aujourd'hui, elle semble particulièrement laide.

BERNINI, Gian Lorenzo - David (1623-24) - marbre de Carrare, ht 170 cm

Surprise ! Il y avait donc un étage ? Je ne l'avais pas vu lors de ma première visite, aveuglée par ma divine rencontre.

Au premier étage donc, j'irais de merveilles en merveilles !

Dans la grande galerie, quelques auto-portraits du Bernin (je tremble sans comprendre pourquoi, il FAUT que j'en sache plus sur ce génie). Au détour d'une salle, je réalise à quel point j'avais raté ma première visite :

Psyché et l'Amour de Zucchi, un tableau qui m'a longtemps captivé (il apparaissait dans l'Encyclopedie de ma mère, je n'avais de cesse de l'étudier amoureusement). Des Rubens (moches comme tout, mais ... c'est Rubens), De Hooch, un petit Carrache très sensuel et ...




TITEN - L'Amour Sacré et l'Amour Profane (1514) - Huile sur toile - 118 x 279 cm

Le TITIEN ! Là, devant moi, de dressent l'Amour Sacré et l'Amour Profane. Comment ne pas succomber ? Je suis tétanisée. Je reste en contemplation pendant dix bonnes minutes. Je suis arrachée de mon extase par un bête commentaire émis par un XXXX d'ignare ... Je me ressaisis : l'art est universel, démocratique ... Ce tableau ne m'appartient pas, toutes les sensibilités y ont accès, il n'est pas le privilège de quelques initiés ou quelques fanatiques (comme je le suis à cet instant).

Je quitte Le Titien pour aller à la rencontre d'autres joyaux.

Botticelli ! Raphael ! Bartolomeo, de belles Vierges à l'Enfant au sfumato imparfait, un joli portrait au fond bleu azur, et autre plus ancien au fond doré.

Dernière salle, l'apothéose : Corrège et Cranach réunis ! C'en est trop ! Je manque d'air ! J'ai le cœur qui bat trop fort, je suis à deux doigts de m'évanouir.

CORREGGIO (~ 1490 - 1534) - Danaë (1530) - huile sur toile - 158 x 189 cm

Ces femmes, ces jambes laiteuses, ces blonds vénitiens incandescents, ces chevelures ruisselantes, ces moues aguicheuses, est-ce bien là le portrait d'une déesse, d'une madone ? Et on me demande de me couvrir dans leur églises ? Quelle hypocrisie !

J'ai la tête qui tourne. Dans ma frénésie, je traverse une nouvelle fois tous les salons parcourus, au pas de course, pour saluer une dernière fois les œuvres, et les graver à jamais dans ma mémoire.

Je redescends, et trouve un petit jardin idéal pour calmer mon trouble. Au bout de l'allée, sise dans une belle volière aux fresques partiellement conservées, une exposition contemporaine m'attend. L'artiste se nomme Nedko Solakov (il faudra que je le suive). Trouvez le commentaire de l'expo ici.

Allez ! J'ai rendez-vous à 13h au Palais Farnèse avec Angus, je ne voudrais pas être en retard. Je fais un dernier tour de piste au rez-de-chaussée, et je quitte à nouveau le Palais.

(photo des œuvres tirées du site Web Gallery of Art)

dimanche 22 août 2010

Rome Jour 3 - La Villa Interdite

La Villa Albani - Roberto Piperno © (www.romeartlover.it)

9h - 11h, en passant par le Viale Castro Pretorio

Je m'oblige à me lever tôt, même si je serais bien restée un peu plus longtemps au lit. Yeux parfaitement ouverts avant 8h, muesli avalé, papy brouette croqué, et me voilà repartie avant 9h30, en direction de la Villa Albani.

Je passe volontairement par des chemins sans autres intérêts que leur ancrage dans le réel : boulevards périphériques, artères grises, vues où le pratique a pris le pas sur l'esthétique. C'est sale. Ça pue le quotidien. Je trouve ça beau.

J'arrive à me paumer. Je trouve la grille de la Villa Albani close. Je m'étais mis en tête de pénétrer cette demeure, sachant qu'une incroyable collection y était conservée. En cherchant à en savoir un petit peu plus sur cette villa interdite, il est dit que le cardinal Alessandro Albani avait réuni sa collection pour son seul plaisir et celui d'une poignée de visiteurs choisis, en agençant, aidé par son fidèle Winckelmann, ses trésors de façon très personnelle, émotionnelle. Pas étonnant que la villa (se) soit défendue ce matin là ... un jour peut-être les grilles s'entre-ouvreront pour moi.

Portrait de Johann Joachim Winckelmann (1774-76) par Raphael Mengs
(huile sur toile) 67 x 53 cm - L'Hermitage, St. Petersburg

En attendant, on retrouve ici une description de Visconti non exhaustive de la villa et sa collection d'œuvres d'art (elle date d'un siècle). C'est si complet qu'on croirait, à sa lecture, avoir arpenté jardins et couloirs de la mystérieuse propriété.

Têtue comme tout, je veux absolument entrer dans le parc, pour au moins voir le bout d'une pierre, d'une fontaine, d'une façade ... Je cherche à tout prix une entrée, même interdite, peu importe les moyens et la dangerosité de l'entreprise.

Je tourne autour des murs d'enceinte,
je rôde au plus près de l'objet désiré.

J'entre-aperçois enfin un pavillon, tout au bout du jardin (voir la vidéo). J'apprends aujourd'hui qu'il s'agit du Coffee House de la Villa (un Starbuck privé si on préfère). La grille, noire de crasse, est encore clos ! Je ne peux la surmonter. Au travers, je vois des sculptures sinistres, défigurées, des masques grimaçants, des bustes inhospitaliers.
Je me trouve dans une impasse où des clochards s'agitent... J'ai un peu la frousse, j'accélère le pas ....

Cette Villa aura tout fait pour me tenir à l'écart.

Une autre description, en anglais, de la Villa est disponible ici.

Sinistre Amphitrite - Roberto Piperno © (www.romeartlover.it)

Peine perdue. Je ne verrais rien de plus.

Il est grand temps de m'accorder une demie-heure de pause dans le Parc de la Villa Borghèse, en attendant que les portes de la galerie d'albâtre s'ouvrent à moi, généreusement.


(credit photo
Roberto Piperno ©- www.romeartlover.it)

Rome Jour 2 - Outside the Colossus

Rome Jour 2 - Balade Nocturne & Surprise Colossale

Je me réveille à 20h.

Ma journée ne peut s'arrêter là ... et il ne me reste plus que 60 minutes pour profiter de l'happy-hour ! Allez bouge-toi ma grande, même si tes petons seraient bien restés à la maison. Un verre de rouge m'aide à trouver un compromis entre « encore m'en mettre plein les yeux » et « va s'y mollo, tu es en vacances, tout de même ». Direction ce bar à la façade couverte de lierre grimpant, devant lequel je suis passée plusieurs fois, au delà de la Gare Termini.

Via Palermo : un restaurant à la toute petite terrasse attire mon attention : l'adresse semble plus confidentielle qu'ailleurs, j'ai très envie d'y faire un saut plus tard (hélas je n'y retournerais pas, et google street view ne me donnera aucun indice sur ces mystérieuses tables).

Via del Boschetto : rien de remarquable, les boutiques sont fermées, les rues étroites et pas très propres, mais on y respire Rome mieux qu'ailleurs, en s'imprégnant des traces laissées par les autochtones, ce qu'il reste d'une journée estivale comme les autres.

Via Panisperna : l'enseigne recherchée est en vue ! Ce mur vert est charmant, prête aux songeries, vite rendues impossibles par le bruit des clients, regroupés en masse devant les portes de la cave à vins branchée « Ai Trei Scalini » (Aux 3 marches – site internet). Ambiance familiale, jazz, cave centenaire ... tout pour plaire à une certaine tranche de la population. Biens habillés, propres sur eux, détendus, ces bons-vivants remplissent suffisamment le cadre. Plus de place sur ce portait de guilde pour moi, je passe mon chemin.

A ma gauche, Via dei Serpenti. Ce nom avait déjà attiré mon attention auparavant. Je m'y engouffre, tentée par l'animation grandissante de ses trottoirs. De plus en plus d'échoppes, un American Apparel, une fontaine encore ... Les gens semblent écrasés par la chaleur et paressent sur n'importe quel coin de pierre disponible (ce qui à Rome est fréquent). Il semblerait que la fatigue et la chaleur fassent aussi leur effet sur moi, car je n'avais pas remarqué que cette rue serpentine menait droit vers ... le Colisée.

Détournant mon attention des vitrines où s'affairent serveurs et badauds, je lève les yeux vers cet énorme objet bouchant la perspective.


Le Colisée

(Colossus, du grec κολοσσός désignant une statue très grande, ou toute autre statue)

Quandiu stabit coliseus, stabit et Roma ; quando cadet coliseus , cadet et Roma ; quando cadet Roma, cadet et mundus

"Tant que durera le Colosse, Rome durera ; quand le Colosse tombera, Rome tombera ; quand Rome tombera, le monde tombera"
(Bède le Vénérable, source très catholique)

Je ne peux plus détacher mes yeux du colosse.

Il est monumental, captivant. Je ne vois plus rien d'autre que sa silhouette titanesque. Je suis une famille de touristes, comme envoutée. Via degli Annibaldi. Il n'y a plus que des voitures de part et d'autre de la rue, formant comme une vulgaire haie d'honneur. Le chemin est long, mais la taille du monstre est trompeuse, on le croit si proche.

Me voici devant la muraille au milles fenêtres. Le jour tombe. Des spot sont aménagés dans chaque ouverture. L'effet est spectaculaire. Un peu trop. Je reste un quart d'heure à jauger le Colisée.

Ornementation grottesque - Loge du Cardinal Bibbiena
au Vatican par Raffaello Sanzio 1519 (source)

Je reprends mes esprits, et descends aux pieds du monument. Les trottoirs de la Via dei Fori Imperiali ne sont pas trop bondées. Il est très agréable de visiter le Forum de nuit. C'est stimulant, moi qui ai une imagination sans bornes ... les ruines se peuplent d'esprits antiques, les ombres sont habitées de chimères, les frises s'animent, des cavités surgissent des fantômes inquiétants, exactement comme les grottesques peints par Raphaël pour Loges du Vatican (plus d'infos sur la Grottesque ici et ... ) et là, seul sur son promontoire, un vieil homme fait face à cette lithomachie.
Il a vu que je l'épiais et cesse là sa contemplation.

J'arrive au bout de la rue, devant le ... truc moche et blanc ... et je m'assieds un peu. Les marches sont pleines de touristes; ça ressemblerait presque à l'esplanade de l'Opera Garnier... C'est bruyant, mais cela réveille un peu. Je m'imprègne encore quelques secondes de cette animation et quitte, légère, ce tohu-bohu

Il est temps de rentrer à l'auberge.

lundi 16 août 2010

Rome Jour 2 – Le Bruit des Cigales



Les cigales du Parc de la Villa Borghèse, reines du camouflage !

dimanche 15 août 2010

Rome Jour 2 – Sa Majesté Henri VIII



7h30 – Auberge Yellow

Je tourne en rond dans mon lit. J'ai très mal dormi.J'ai rêvé de Prince.... ça travaille trop là dedans !
Lavée, pomponnée, je descend petit-déjeuner. Un délicieux muesli m'attend, servi avec un TRUE ITALIAN COFFEE (allez tiens j'en prend un deuxième tellement c'est bon ... tellement la dose est microscopique il faut dire ...).

Le serveur me reprend : ici il faut mettre sa cendre dans le cendrier. D'une logique implacable. Je me sens con. Certaines mauvaises habitudes deviennent normes ...
J'ai choisi de rejoindre la Plazza Barberini, pour ensuite faire un tour dans ces petites rues ombragées dont j'ai un souvenir très présent, très subjectif, idéal, fantasmé. Je trouve sur mon chemin une caserne, quatre fontaines et inévitablement ... le Palazzo Barberini.

Le Palais Barberini
Il est 9h30, les rues sont encore fraîches, désertes, et la petite bonne femme que je suis exulte devant ces grilles qui, je le sais, renferment tant de trésors.

Je fais durer le suspense en m'avançant dans les jardins non entretenus du palais, et me procure de petites frayeurs en m'introduisant en douce dans une aile du palais en rénovation. Le parquet des salles grinçait, de noires tentures dissimulaient les murs léprosés, de la poussière s'infiltrait partout ... mais curieusement, l'atmosphère n'était pas sinistre pour un sou... le temps était juste en suspens, les pièces en sommeil.


Je m'enfuie comme une souris au son des voix de quelques ouvriers plus très matinaux...

Aaaah ! La Collection Barberini ! J'y étais déjà venue en 2005. J'en garde un vague souvenir.

Tout de suite le décor est posé : Henri VIII d'Holbien m'accueille , auguste, superbe dans ses habits d'or et de fourrure. Les plafonds sont de toute beauté. D'autres chefs d'oeuvres arrivent bientôt : La Fornarina de Raphael, Judith et Holopherne, Narcisse du Caravage, El Greco, un petit Carrache, des Madeleines pénitentes jouissant avec un crâne, quelques monstrueuses toiles, le portrait d'un jeune italien dont on tombe tout de suite amoureuse.

Hans HOLBEIN le Jeune - Portrait d'Henri VIII (1540)
Huile sur toile, 88,5 x 74,5 cm

RAFFAELLO Sanzio (Raphaël) - La Fornarina (1518-19)
Huile sur bois - 85 x 60 cm

Caravaggio (Caravage) - Judith décapitant Holopherne (vers 1598)
Huile sur toile, 145 x 195 cm

Caravaggio (Caravage) - Narcisse (1598-99)
Huile sur toile, 110 x 92 cm

Je suis un peu déçue qu'il n'y ait pas plus à voir. La collection est petite. J'en ressors ravie, pressée d'en voir d'avantage !

J'arrive Place Barberini. (Monsieur H., un client, m'appelle pour pleurnicher ... j'essaye de le rassurer comme je peux). Je ne sais pas trop où aller. Je file vers le nord, direction Plazza di Spagna. Une pointe de vert dans mon champs de vision ! Je me laisse happer par le Parc de la Villa Borghèse.


Je me perds un peu dans les chemins du jardin, puisque mon envie de peinture me rend aveugle. Je piétine, et peste un peu.

Plus de place pour la visite de la galerie à 11h. Tant pis, je réserve pour demain. Je me repose vingt minutes au soleil. Je ne tiens pas plus longtemps, je ne suis pas en paix, J'EN VEUX PLUS ! Et tant pis pour mes pieds !

Direction Plazza del Popolo. Je me goure encore de chemin (qu'il est bon de se perdre...). Mes pieds hurlent. Je traverse la place rapidement, retrouve une boutique de manga repérée cinq ans auparavant. Dieu qu'ils ont du choix là dedans !). Petit laïus sur l'Italie et la BD japonaise prochainement ? Qui sait ?

Église Jesus et Marie, Église Saint Ambroise. J'ai faim. Je bifurque à l'est et tombe avec horreur dans le quartier de luxe. Je m'enfuie en courant. J'ai toujours aussi faim. Je trouve un tabac, qui m'indique une bonne adresse toute proche. Pas besoin de la chercher, elle vient à moi toute seule, sous les traits d'un charmant serveur. Il me harponne, et ne me laisse pas d'autre choix que de m'asseoir à une de ses tables. C'est très bien comme ça, le lieu est exactement ce que je recherchais : une ruelle ombragée, une terrasse sous parasols, dans une cour retirée du flux de touristes, et de très bonnes matières premières.

Huile d'olive !
Pizza Capriciosa !
Espresso italiano !

L'équipe est TRÈS COMMERCIALE, mais tout en douceur. Le patron, Federico, me parle de son business (location de villa de luxe dans toute l'Italie). Il « connaît » tout le monde à Rome, comme la plupart des patrons de restaurants ... Je souris, demande l'addition, et repart à l'assaut de la ville.

Place de la Colonne. Forum au loin (je ne l'approche pas encore, je viendrais vers lui demain, car là il faut absolument que je rentre tellement mes pieds me font mal). Dernière église à coupole, sublime ...


A Rome, tout est Beau. C'est aussi simple que cela. N'importe quelle statue, décor, architecture, mosaïque, peinture, semble faite de la main d'un maître. Tout est soigné, d'une rare qualité, et malgré les dorures, les fresques et chapiteaux dégueulant d'ornements, chaque élément se combine parfaitement, et s'unit sans trop de lourdeur, sans nuire à la lisibilité des scènes sacrées, au génial agencement des éléments architecturaux.


Je rentre à l'auberge épuisée. Je commande une pinte de Foster à Angus. Il m'en offre une seconde. Je suis cuite ! Il me parle un peu de lui. Lui aussi a travaillé sur un bateau. Un boulot dangereux. Il me dit que si tu viens à tomber par dessus bord, tu n'as que dix minutes avant de tomber en hypothermie. Dans les froides mers du Nord, il ne faut que deux minutes avant de perdre conscience. Les bateaux n'ont pas le temps de récupérer le naufragé. Aussi il est inutile d'apprendre à nager là-bas. Vaut mieux couler tout de suite. Ça me fait froid dans le dos !

Angus me donne rendez-vous le lendemain près du Campio del Fiori, devant le Palais Farnèse (l'Ambassade de France). Il trouve ça amusant.

Je file faire la sieste. Il n'est pas encore 18h. Quelle Grand-Mère ! Je trouve trois nouveaux roomates : un couple de brésiliens travaillant dans l'audit, en plein « Europe Tour », et Dolorès, une américaine du Vermont pas très fière de ses origines qui laisse traîner sur son lit des manuels d'algèbre aux feuilles volantes.

samedi 14 août 2010

Rome - Jour 1 – First encounter with Rome !



"Pu**** je suis à Rome !" (Agnès V.)

11h20 - Aéroport de Ciampino - Italie

Un cri du cœur, un soulagement, comme ces blasphèmes qu'on lance lorsqu'on se fait mal !
Je suis sous le choc. J'en tremble (ou est-ce la fatigue ?). Il fait si chaud.

La ville semble immense et A MOI !

J'atterris à l'heure, un peu violemment. Rome est venue à moi sans difficultés, le chemin était tout tracé : aéroport de Ciampino, bus pour Anagnina, metro pour la Gare Termini, et quelques rues passées, me voilà devant l'Auberge de jeunesse Yellow.


L'hôtel tient ses promesses : une équipe à première vue coolissime, une chambre fraîche, propre, une déco « urban retro » faite avec les moyens du bord (pochoirs représentant diverses icônes des 80's – de Magnum à Drôles de Dames ), des douches clean, pratiques, suffisamment grandes, un bar accueillant, une carte pas très onéreuse. Le Yellow Bar est un ancien bistrot à la décoration très 1900. Je me renseigne et je ferais un post dessus (ici) . Il est donc obligatoire de commencer mon périple par ce comptoir prometteur. Je prends un coca, me dis qu'il serait sage de faire une sieste, mais, impatiente comme je suis, je décolle de mon siège et part à la (re)découverte de ces rues chéries !

17h – 18h ? Yellow Bar

Je ne sais plus l'heure qu'il est ! J'ai crapahuté quatre heures sans m'arrêter. J'ai peine à tenir mon stylo. Je n'ai pas mangé. Une pinte ne suffira pas à étancher ma soif. Angus (un membre du staff Yellow) m'offre une deuxième bière de Mc Ewans. Je commande mon premier repas : des pâtes "alla carbonara" (passage obligatoire!) : elles sont simplement divines ! Je les engloutis aussi vite que je siffle ma seconde rasade . Un verre de vin additionnel ? Pour voir ? Pour boire ?

Pour me laisser le temps de poser sur le papier toutes mes impressions, les lieux visités cet après-midi (suivez le parcours en jetant un œil à l'album photo ici) :

* Thermes de Dioclétien : rapide visite – un jardin ombragé – une promenade rafraîchie par quelques fontaines aux énormes vasques de pierre – des stèles jonchent le petit parcours – la bulla autour du cou des jeunes romains pétrifiés.

* Sainte Marie des Anges : magistrale – blanche – plafonds très hauts – une échelle astronomique aux mosaïques remarquables – la coupole.

* Place de la République et sa fontaine aux insolentes naïades

* Sainte Marie Majeure : déjà aimée auparavant – toujours aussi splendide – ses plafonds à caissons travaillés – cette femme vêtue de voiles pudiques, tendus à l'entrée pour cacher ses jambes nues

* Saint Prassède : église fermée (elle n'ouvrait qu'à 16h00) – cette mendiante devant la porte qui lève ses quatre doigts pour me faire comprendre que j'arrivais trop tôt – son attitude saisissante

* Saint Antoine de Padoue : église fermée également – panneau invitant au chant

* San Giovanni in Laterano .... ouf je n'y étais déjà plus, je n'avais plus qu'une seule idée en tête : MANGER ! J'étais aveugle... passé la Scala Santa (sorte de monument renfermant un triple escalier, où une nuée de jeunes germains se pressaient – spectacle grotesque), je croisais les monuments sans les voir ... le forum ... la colonne de Trajan ...

Je rejoins tant bien que mal l'auberge et retrouve Angus et Eric (l'un écossais, l'autre Anglais, dont le point commun était d'avoir été marin). J'utilise mes dernières forces pour manger-boire-fumer-écrire-tenter de capter des bribes du carnet de voyages de mes voisines ... et je vais me COUCHER.

Avant de fermer définitivement les yeux sur cette première journée romaine, je fais rapidement connaissance avec mes roomates, Brian et Nick, deux californiens tatoués à l'identique sur le thorax (la triforce ! .... pitié noooon). Ni leurs bavardages, ni leur invitation à boire une énième bière ne parviennent à me faire quitter mon lit.

Je ne les reverrais plus jamais ... le lendemain, les deux acolytes avaient disparus.