Affichage des articles dont le libellé est Grèce. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Grèce. Afficher tous les articles

lundi 6 décembre 2010

Grèce Jour 3 - Naoussa la blanche

Nous émergeons le lendemain d'une nuit réparatrice. On profitera tout au long du séjour d'un sommeil d'une rare qualité. Aujourd'hui j'en ai presque oublié la couleur...

La troupe se prépare paisiblement. Nous allons à Naoussa, petit port pittoresque vanté par tous les prospectus consultés en amont. Il se situe au nord de l'île. Nous prenons un bus, conduit par un jovial bonhomme édenté prénommé Georges, qui sera notre pilote à chaque trajet. Georges se prit d'affection pour nous et ne se lassera pas de passer ses tubes favoris à la radio (musique pop-dance ultra ringarde, mais qui ne fait pas de mal à personne).

Plus que dans tout autre village, Naoussa pousse le pittoresque à son paroxysme : ruelles commerçantes étroites et immaculées, bougainvilliers fushia tout droits sortis d'un tableau, murs fraîchement repeints de blanc et bleu, chats errants, restaurants et boutiques de souvenirs à tous les corners. La mer, toute proche, amène de la fraîcheur dans ce dédale aveuglant. Le village est minuscule. Nous en faisons très vite le tour.

Surprise au bout d'une impasse : le chemin pavé de pierres lisses entraîne insidieusement le voyageur vers ... la mer. En effet, sans prévenir, passé une dernière échoppe, la rue s'enfonce dans l'eau, pour ne plus jamais reparaître. La faim ne m'aurait pas tiré de ce spectacle, je me serais risquée à suivre la route ...

Un cake à la fêta et une tarte aux épinard engloutis, nous attendons (au mauvais endroit) un deuxième bus en partance pour la plage de Santa Maria, encore plus au nord, réputée pour être l'une des plus belle de l'île.

Nous mettons 45 min pour rejoindre notre objectif ... et échouer dans un parking désert. Dans ce no man's land aride, le vent et le soleil sont en constante compétition : lequel sera le plus accablant ? Les dieux luttant au dessus de nos têtes, nous cheminons vers le village de surfeurs de Santa Maria. Une guitoune nous accueille. Des gamins, équipés de plateaux bricolés, vont et viennent les bras chargés de boissons fraîches locales, le Freddoccino, sorte de café frappé sucré.

La plage est très étroite, il n'y a pas beaucoup de place et, en toute honnêteté, je n'ai pas vu ce qui lui valait les mérites des brochures touristiques.

Plage de Santa Maria - (plus de photos ici)

Un peu contrariée, je prête à peine un oeil au paysage. Mon attention est captée par les baigneurs qui lézardent J'étudie leurs accoutrements, leurs mouvements, leurs attitudes au sein des groupes ... Je sais, ce un brin d'ethno était totalement inapproprié, mais tout ces bruissements avaient anéanti tout espoir contemplatif. Je griffonne sur mon carnet, refuse de me baigner et fume malgré la chaleur ... Je boude presque ... Les heures passent, le soleil tape de plus belle. Séparées à notre arrivée, les filles et moi nous rejoignons en fin de journée autour d'un dernier rafraîchissement, à l'abri des bourrasques.

Là je prends le temps de regarder le formidable spectacle offert par les reliefs de Paros. Les monts, érodés par le vent, sont doux et galbés, comme les formes généreuses d'une déesse antique. Paros est belle, lascive, et se couvre tantôt d'un voile de lumière pâle le matin, d'une nappe de brume le midi, et d'un sombre manteau brun le soir. Le ciel, d'un bleu sans tâches, surveille cette impudique et la recouvre le soir d'un drap étincelant.

Pour ne pas oublier cet étonnement, je dessine rapidement les courbes de la côte qui me fait face. Notre bus arrive bientôt. Nous retournons à Naoussa juste à temps pour voir le soleil se coucher depuis le port. Les filles marchandent un panier tressé.


Tout est calme. En suspens.

Pourvu que demain soit empli d'autres saisissements, et d'encore plus de paresse !

dimanche 31 octobre 2010

Grèce Jour 1 - Athènes, souillon et envoutante


Première étape - Athènes - Jeudi 20 août 2009


7h01 - C'est heure ! Comme à chaque départ, je suis au comble de l'excitation, vérifiant par trois fois si je n'ai rien oublié dans ma petit valise à roulettes, le cœur battant, l'esprit déjà loin. Je me trompe évidemment de direction dans le RER devant m'amener à l'aéroport. Chemin rebroussé, je m'écroule sur la banquette du train, essayant de rassembler mes esprits et me concentrer sur deux jolis baroudeurs israéliens cherchant leur chemin. Du bon son dans les oreilles, la douce promesse d'un exil en terres inconnues, d'un baptême.

Que l'aventure commence !

9h10 - Embarquement immédiat ! La clim' me donne des frissons (le message d'au-revoir de l'un de mes prétendants également). Ça parle italien autour de moi, le voyage commence déjà dans le cockpit.

12h – Escale à l'aéroport de Milan. Je n'ai pas vu le temps passer. Je cherche désespérément une sortie pour fumer. Ouf enfin dehors ! Je suis devant les ARRIVAL GATES. Il fait chaud (34°), l'endroit n'est pas du tout confortable : entre les pots d'échappement, la fumée crachée par mes voisins chauffeurs de taxi, la moiteur du parking, il est dur de se détendre un peu. Observer le manège des employés de l'aéroport, des voyageurs pressés, ceux qui arrivent, ceux qui partent, ceux qui attendent, m'apaise un peu. J'aime lire ces mouvements dans les lieux de transit. On y observe une réelle palette d'attitudes, une galerie de personnages qu'on retrouve dans chaque aéroport, gare, station de taxi... Ce manège est certainement le dénominateur commun à tout voyage.

14h20 – Départ pour Athènes. Les autres voyageurs se diversifient : italiens, un couple de français, des Siths ... Mais Dieu que le voyage est long et incommode, j'ai si mal aux genoux (princesse, moi ?).

17h35 (non 18h35, décalage horaire oblige) - Je sors de l'avion comme un diable de sa boîte. Cette fois-ci pas besoin d'attendre pour fumer, on peut s'adonner à ce vice au sein même de l'aéroport d'Athènes, aux portes d'arrivée, ce qui rend l'atmosphère oppressante et crasseuse. A l'extérieur, je rend service à un allemand (cigarette + quelques indications sur la carte). Là un charmant chauffeur de taxi propose de me conduire au centre-ville. Rougissante (et méfiante), je n'ose accepter l'offre de ce taxi à la sauvette et lui préfère le bus X95, bondé et tellement moins séduisant. Direction « place Syntagma » (ou Stigmata, comme nous la surnommerons bêtement).

Premières impressions... Les grecs conduisent vite, mal, et bruyamment. Les femmes tout particulièrement. De la vitre du bus, j'aperçois les premiers reliefs : des monts généreux se découpant rondement sur un ciel lourd et brumeux. Une végétation sèche, faite d'oliviers et de figuiers. Presque instinctivement, je me rappelle du mythe fondateur de la cité antique. L'olivier, le cadeau de la déesse, qui devint l'un des piliers de l'économie du peuple athénien. Qui aurait cru que ce simple arbuste serait à l'origine du développement d'une si grande civilisation. Des enseignes publicitaires connues s'enchaînent rapidement, la ville approche. Je remarque dans ce paysage urbain dense des églises en croix grecque, de hauts et fiers palmiers, des taxis jaunes profilés.


Place Syntagma - photo Mmarta

Arrivée à Syntagma (plus d'infos ici - eng), le jour décline. Je dois retrouver mes amies à l'hôtel... mais avant cela je dois trouver un cybercafé d'où envoyer une lettre écrite quelques heures auparavant. C'est une question de vie ou de mort (on l'aura compris, elle s'adresse à un énième prétendant...) ! Cette mission accomplie, je m'engouffre dans un taxi avant que mes acolytes ne s'inquiètent.

Je ne me souviens plus du nom de l'hôtel (Plaka Hotel peut être), situé non loin de l'Acropole. Établissement de standing : la réception fait « grand hôtel », la chambre est confortable et sa petite salle de bain sur-équipée. J'y serais bien restée plus longtemps, mais mes compagnes, m'ayant déjà assez attendu, me pressent pour partir dîner en centre-ville.

Dehors, la ville est sale. Nous sommes dans le quartier Plaka, ancien quartier très touristique, fait de petites ruelles parsemées de restaurants, d'échoppes et d'hôtels. J'ai l'impression d'être dans l'une des rues crasseuse et populaire de Paris, près de La Chapelle ou de Château Rouge, où seules les enseignes de snacks ou de vente cartes téléphoniques éclairent les trottoirs. Il n'y a pas âme qui vive, le temps est lourd, le chemin très peu éclairé, et le sol pavé est presque poisseux et glissant.

Nous rejoignons l'Acropole en métro. Quelle beauté ! Je la vois de loin, blanche et inaccessible. Mon imagination s'emporte, mon désir me tiraille le ventre. Je n'arpenterai ses marches que plus tard, mais à l'heure où je la regarde ce soir-là, un incroyable sentiment de frustration me fait presque venir les larmes aux yeux. Cachant mon trouble à mes amies, nous reprenons la route au sein des ruelles touristiques, évitant les chiens endormis assommés par la chaleur. Les boutiques sont emplies de babioles hypnotiques. Nous arrivons sur une petite place bondée, où les terrasses de restaurants jouent des coudes pour recevoir le maximum de pèlerins affamés. Les filles connaissaient déjà le petit restaurant où nous nous installons. Le serveur fait bien son travail, il est avenant et amusant. Nous commandons : salade grecque (concombre frais, poivrons, oignon rouge, olives noires, et une plaque entière de fêta) et Pasticcio (sorte de lasagne grecque ). C'est un régal ! Les filles me font un bref résumé de leur semaine passée sur les terres, et m'annoncent que nous prendrons le ferry demain aux aurores, et qu'il faut donc ne pas trop traîner ce soir.

De retour au Plaka, nous avons à peine le temps de profiter de l'incroyable vue depuis les toits de l'hôtel, aménagés en une somptueuse terrasse sur plusieurs niveaux, avec bar lounge et piscine.

Acropole de nuit, lors des incendies qui ravagèrent le pays
quelques jours avant notre arrivée -
Le Figaro


Je fume une dernière cigarette devant l'Acropole illuminée, flamboyante. J'aurais aimé faire durer cet instant éternellement, prolonger ma contemplation quasi religieuse jusqu'au ravissement.

Nota Bene : pour ceux qui auront reconnu, la petite chouette, logo des Editions Les Belles Lettres, reprend le motif d'un célèbre vase à onguents (aryballe) visible au musée du Louvre (voir)

samedi 30 octobre 2010

Grèce 2009 - Initiation d'une Koritsi

Athéna dite "Pallas de Velletri"

Copie romaine d'une œuvre attribuée à Crésilas - Musée du Louvre


HERMAION


Ce voyage était prévu depuis quelques mois. Je n'étais jamais allée en Grèce, et fouler les terres héllènes m'enthousiasmait vraiment : abreuvée de mythes et légendes antiques, assommée par de laborieux thèmes et versions en classe de Grec ancien, frustrée par ces diapositives jaunies en cours d'histoire de l'art ancien à Paris IV, par ces fragments soigneusement disposés au musée du Louvre, je devais aller moi même sur place pour vérifier le bien fondé de ces enseignements, tester ces Grecs qui me narguent depuis que je suis enfant.

Ainsi ce fut une sorte d'expédition initiatique vers le berceau de l'histoire « européenne », de l'art et de la pensée... « Mon » berceau, pour éviter ici toute polémique inutile sur la non objectivité de mon affirmation ...

Nous devions partir à cinq, puis les évènements ont fait que nous nous retrouvions à quatre amazones, pour une semaine de séjour bien méritée à l'île de Paros (Cyclades).

Nous ne souhaitions pas nous perdre dans le tumulte d'îles plus connues pour leurs soirées que pour leur soleils couchants. Paros semblait toute indiquée pour les amateurs de silence et de repos. Mes amies se sont accordées en amont une semaine dans le Péloponnèse, pour arpenter les reliefs, visiter les vieilles pierres et souffrir de la compagnie d'un soleil de plomb et d'un vent insistant. Ces derniers ne nous quitteront pas d'une semelle durant tout le séjour.

Illustrations : mes instruments de torture, le Grand Bailly et Hermaion, ouvrages destinés à me faire rentrer le grec ancien dans le crâne... Maintenant je sais ce qu'a dû endurer le grand Zeus ...