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vendredi 15 juillet 2011

Lettonie - jour 2 - Dazzling Morning

8h. Sur le balcon de ma chambre. Il fait clair comme en plein milieu de journée. Je craignais être déstabilisée par ces soleils matinaux qui déchirent les voiles de l’aurore et forcent la naissance du jour. Mais le spectacle qu’ils illuminent ce matin en vaut la peine.

Dehors, des nuances de vert brillant. Des arbres hauts, parfaitement rectilignes, en rang serrés, quadrillent géométriquement l’arrière- plan. Le soleil, dont les rayons zèbrent la pelouse régulièrement, se prend pour Midas. Toutes les couleurs sont éclatantes, si vives qu’on se croirait devant un Gauguin.
Paul Gauguin - Bord de mer I (La rade de Saint-Pierre vue de l'Anse Turin

La nature clame silencieusement sa suprématie. Seul le sourd murmure de la mer vient rompre le dialogue des nuances. Pas un seul indice de la présence humaine. Même nos compagnons au rez-de-chaussée restent silencieux.

La maison est récente. Toute en bois, juchée sur une terrasse, elle se marrie parfaitement avec son environnement.

Un jardin entretenu avec soin l’entoure, avec son petit potager, ses herbes, son banc de fortune, là une cabane à bois proprette, ici quelques objets rejetés par la mer aux allures de totems. Le grand salon, vitré dans sa majorité, est très agréable. Peu de différence entre dehors et dedans… A l’exception des moustiques. Véritable plaie à cette époque, ils ne nous laisseront aucun répit. La véranda, tout aussi commode et pourvue d’une cheminée, s’est armée d’une moustiquaire en métal des plus efficaces. Un sauna, équipement pour moi extraordinaire, s’ajoute au confort du lieu. A l’étage, trois chambres toutes pourvues d’un balcon et de vues imprenables sur la forêt ou la plage un peu plus loin.

Un havre. Je suis honorée d’y être conviée.

Nous passerons la matinée dehors, sous un soleil mordant.

Lettonie - jour 1 - En route pour Kolka


De Riga, nous avons pris la voiture en direction de Kolka, ville située à l’extrémité ouest de la baie. Nous décidons de longer la côte, sans passer par les terres, et rencontrons deux paysages bien différents.

Jurmala, à la sortie de la capitale,
le « Beverly Hills » Baltique. Je m’explique : passées les grises zones industrielles de la périphérie, la voiture s’enfonce dans une haute forêt de pins qui habille joliment une modeste route de banlieue.


Soudainement, une barrière. De l’autre côté, Wisteria Lane

Il faut montrer patte blanche pour rentrer dans cet espace réservé. En somme, payer un droit d’entrée. Soulagés de quelques lats (LVL), nous roulons au pas sur une asphalte moelleuse, derrière quelques grosses voitures de luxe, rassurés par le mobilier urbain flambant neuf, étonnés par l’orgueil de grosses demeures bordant les trottoirs immaculés. Bienvenue sur « Jomas iela », la IT-STREET où tout le gotha lettonien vient se détendre pendant les beaux jours. Cafés, restaurants, terrasses, boutiques…. Un air de Disneyland !

Jurmala
(le rivage) est une station balnéaire très courue, avec sa plage de 33 km, et l’une des agglomérations les plus aisées du pays. Au fur et à mesure que nous avançons, Andrei s’amuse à nous prévenir de la prochaine curiosité architecturale. Quelle accumulation de bizarreries ! Certaines demeures se parent de créneaux, de minarets, de voûtes en ogive, de verrières, de colonnes grecques… D’autres sont bleues azur ou jaune poussin. Enfin les styles varient d’une adresse à l’autre du contemporain minimaliste (verre, bois, murs végétaux) au château fort. Il y en a plus de 4000, certaines sont classées. Ces « pièces montées » sont quelque peu déconcertantes.

Malgré cela, je suis ravie d’observer « en live » des réalisations archi « design » ailleurs que sur un magasine de déco. Andrei a contribué à quelques-unes de ces maisons …

Laissant derrière nous cette opulente anarchie, nous prenons la route qui longe la mer Baltique. Là, il n’y a que la nature. Les forêts de pins, de bouleaux, la terre rouge, les étendues d’eau, les petits villages clairsemés, des habitations simples, des souvenirs à la croisée d'un chemin …

Comme cette petite écluse qui fût le terrain de jeu de Mischka enfant. On s’arrête. « Tiens ça me semblait beaucoup plus grand à l’époque ! » « C’est une flaque … Dans mes souvenirs, c’était un véritable étang ! ». La route est toute proche de la mer, mais pas assez pour que je puisse la voir. Je peux la sentir. Dans l’air. Vite, vite ! Je veux renouer avec elle.







Après plus de deux heures de route passées à bavarder de tout et de rien, à écouter en riant un CD d’initiation au français, à chanter en boucle des airs lettoniens connus de tous (sauf moi), à se découvrir petit à petit, nous arrivons à destination. La maison de Mischka se trouve à 10km de Kolka. Dans la forêt dense, la nuit tombe vite. Le chemin est en chantier. Il n’y a plus de bitume. Un mélange de gravats et de sable met à mal les pneus de la voiture. Pas d’éclairage, ni de signalisation. On ne voit rien de ce qui vient devant… Il parait qu'on la qualifie de "pire route de Lettonie".

La voiture s’enfonce encore plus loin dans la forêt, par de petits chemins étroits. Enfin, quelques maisons surgissent. Une barrière faite d’une simple branche indique l’entrée de la propriété. Mischka la soulève non sans cinéma, et nous accueille dans sa demeure. A peine les valises posées, ce dernier rend hommage au soleil couchant en se précipitant dans la mer glacée, dans le plus simple appareil. Ce spectacle là , mentionné dans aucun guide, est pourtant l’une des images les plus poignantes de mon séjour, une « force » de la nature dont devrait être fière la nation entière.

Je m’égare. J’érigerais un musée imaginaire à sa gloire plus tard.
Il est temps de se coucher.

dimanche 26 juin 2011

Lettonie - jour 1 - Premières impressions

JustifierJe n'avais jamais foulé les terres d'Europe de l'Est.

Le plus loin que je sois allée fut Guça (Serbie-map) et Paros (Grèce-map), mais ce n'est pas ce que j'entends par « Est ».

Pour moi, Lettonie, Lituanie, Estonie, ce sont ces trois petits bouts d'un grand puzzle que je montais et démontais inlassablement étant gamine. Trois minuscules bouts de terres toujours placés en dernier, souvent égarés puis retrouvés avec soulagement. Leur taille les rendait attendrissants. A l'époque, j'attendais presque avec impatience la fin du puzzle pour manipuler délicatement ces minuscules morceaux. Je me souviens ne pas les avoir considéré comme de vrais pays, mais des terres légendaires, car de si petits pays, on le sait, ça n'existe pas …

Passés ces jeux d'enfants, j'ai une très vague idée de l'identité du pays. La Lettonie. Pays Balte. La Baie de Riga. La proximité avec la Russie. Sa suprématie passée. Guerre. Pauvreté. Simplicité. Poésie. Nature. L'Europe peut-être, et encore… Le bout du Monde assurément. Encore une fois, ma paresse, plus que mon manque de curiosité aura été fatale. Je ne sais rien de plus. On m'en apprendra d'avantage lors de mon voyage. De très récents événements secouent le paysage politique. J'entends dissolution, corruption, reconstitution d'un parlement tout aussi gangrené …

Premières impressions, vues du ciel : la Lettonie est un pays très vert. Pas étonnant que cela soit la couleur nationale. Un urbanisme peu dense. Des exploitations agricoles peu uniformes. Une terre à la richesse hétérogène. De quoi vivent ces gens ? …

Une fois sur le plancher des vaches, j'ouvre des yeux neufs sur la périphérie de Riga (que je ne visiterais malheureusement pas). D'énormes voitures circulent. Pays le plus pauvre d'Europe, la Lettonie enregistre paradoxalement la plus forte concentration de grosses berlines... Beaucoup d'entreprises aux enseignes défigurantes ont poussé le long des routes depuis peu. Trop vite. Certaines, déjà fermées, regardent de leurs yeux vides les automobilistes. De grandes tours orgueilleuses sont désertées, faute de locataires stables, de fonds solides.

Ces observations ne peuvent être prises pour argent comptant. Ce ne sont que des impressions. Au mieux, elles viennent des témoignages de mes acolytes. De la capitale je n'ai vu que la zone industrielle. Du reste, des routes longilignes traversants des forêts de pins et de bouleaux. Et puis la mer...

Petit hommage à ces « acolytes », tous enfants du pays : Andrei, un architecte qui vient de valider un examen de français, gai luron survolté aux airs de Luke Skywalker. Agathe, son amie, elle aussi architecte, discrète et apaisante, dont le pudique regard exalte une beauté évidente. Mischka enfin, mon chevalier servant aux yeux clairs, qui m'ouvre les portes de son pays avec joie et simplicité.

Toute cette troupe solidaire accompagnera ces quelques jours en Lettonie, chacun amenant ce grain de sel, de sable, de folie ou de mélancolie qui a su rendre les moments passés ensemble relevés et poignants.