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lundi 1 novembre 2010

Grèce Jour 2 - Traversée de la Mer Egée

Gare du Pirée - Image © Wikipedia

Embarquement immédiat !

4h05 – non 5h05 ... je ne sais plus, mais quoi qu'il en soit c'est bien trop tôt...

Je n'ai pas assez dormi depuis ces dernières 48 heures. Nous quittons nos chambres avant le lever du soleil pour prendre le premier ferry en partance pour Paros. Départ prévu à 7h30. Nous nous rendons au mythique Port du Pirée en métro, avec d'autres argonautes aux lourdes valises.

Sur la passerelle

La station est très haute de plafond, vitrée comme nos gares parisiennes. Elle s'ouvre sur une place peu éclairée mais déjà très animée à cette heure si matinale : des petits marchands derrière leur étal fumant offraient de copieux beignets, d'autres vendaient lunettes de soleil et autres indispensables gadgets superflus... Nous traversons une passerelle aussi éclairée qu'un manège de fête foraine pour atteindre les quais. La foule est bigarrée : troupeaux de jeunes gens bruyants aux sacs à dos multicolores, groupes de familles suédoises à la blondeur caractéristique, couples sophistiqués ayant confondu ce port historique avec la Promenade des Anglais, des retraités pressés de monter dans l'énorme panse des ferryboats.

Quais bondés - Image © AFP

Les navires sont tout simplement gigantesques ! De véritables vaisseaux, aux proportions démesurées, avalaient à rythme régulier des bancs compacts de touristes. Nous montons à bord d'un ferry rouge aux couleurs d'une marque de téléphonie. Nous serons « Vodafonautes » pendant les quatre heures de traversée.

Combien cette arche pouvait-elle contenir de passagers ? Des centaines ? Bien installées dans nos sièges, chacune d'entre-nous tachât de récupérer un peu de sommeil, d'écrire quelques cartes-postales, de se détendre un peu ou de lutter contre le mal de mer... Je fis le tour de l'immense cabine. Il y avait une petite cafétéria, une boutique souvenir, un second étage réservé aux détenteurs de billets VIP, et un ponton vers lequel je ferais de nombreux aller-retours.

Une mer envoutante ... qu'on m'attache à un mât !


J'ai enfin compris ce qu'entendait Homère en comparant le bleu profond et inquiétant des eaux grecques aux yeux de la déesse Athéna. La couleur glauque. La mer est d'une rare beauté depuis le ponton. Brillante. Changeante. Effrayante. Dommage que le spectacle soit saboté par le vrombissement des moteurs du navire. Je rêve des héros mythologiques qui bravèrent ces eaux troubles pour conquérir toisons d'or et bien-aimées. Si je continuais, je verrais presque l'ombre du Kraken nous poursuivre. Par contre, Iris (+ d'infos en angl. ici) nous accompagnait bel et bien. Son nimbe coloré dessinait un cercle presque parfait ... Tout simplement magique. Chaque écume, reflet, odeur, devenait un signe divin. La traversée dura assez longtemps pour étancher mon imagination galopante. Je dû m'arrêter car la nausée me prenait presque à trop regarder ces flots ondulants (et a subir les assauts d'un vent violent).
Les terres approchaient enfin. Nous arrivions au port de Parikia.


Arrivée sur l'île de Paros


Nous accostons sans accroc dans l'une des plus grande ville de l'île, Parikia. Le vent ne s'est toujours pas apaisé, et semble même avoir redoublé d'intensité. Le Bus 3 ne sera là que dans deux heures. Nous sommes quelque peu contrariées et pressées de poser nos bagages. Longue et pénible attente en perspective. Je reste muette. Je m'en veux un peu. Nous sommes entourées d'impatients voyageurs à moitiés nus et de commerçants désabusés reconnaissant à peine en vous la gangue d'humanité qui entoure votre porte-monnaie.

Le bus arrive enfin. Il nous offre une petite virée sur les hauteurs de l'île. Je la contemple avec gourmandise. Il faut croire que je voyage ainsi, les yeux ouverts, captant chaque relief, chaque vestige, la moindre lumière, grossissant et goûtant chaque émotion qui naît de ces observations.

Enfin arrivées à Aliki ! Instinctivement je me demande déjà comment combler ces sept journées de vacances. Inquiétude très vite effacée par le souffle d'Eole, à mesure que les heures s'étireront mollement. Je reprends mes esprits et me répète en silence ce mot d'ordre "NE FAIT PAS, SOIT".

La location est simple, spacieuse, située à deux pas de la mer et et à quelques minutes du petit centre. Valises posées, nous passons nos premières heures à la mer avant que le soleil se couche. Les filles se baignent. Je reste pensive sur la petite plage. Je suis rêveuse, mais heureuse d'être là.

Le soir, nous dînons pour la première fois (et pas la dernière) au restaurant Le Balcon, où rapidement nous nous lierons d'amitié avec le patron, Costa. La terrasse est tant bien que mal mise à l'abri des bourrasques, mais un petit moulin à vent indique que les éléments ne nous laisserons pas de répit ce soir.

Au menu : concombre, tomates, olives, oignons, fêta, câpres, bouchées de courgettes frites, pastèque ... Un festin.

Petit moment d'éternité consommé avec avidité en bonne compagnie.

dimanche 31 octobre 2010

Grèce Jour 1 - Athènes, souillon et envoutante


Première étape - Athènes - Jeudi 20 août 2009


7h01 - C'est heure ! Comme à chaque départ, je suis au comble de l'excitation, vérifiant par trois fois si je n'ai rien oublié dans ma petit valise à roulettes, le cœur battant, l'esprit déjà loin. Je me trompe évidemment de direction dans le RER devant m'amener à l'aéroport. Chemin rebroussé, je m'écroule sur la banquette du train, essayant de rassembler mes esprits et me concentrer sur deux jolis baroudeurs israéliens cherchant leur chemin. Du bon son dans les oreilles, la douce promesse d'un exil en terres inconnues, d'un baptême.

Que l'aventure commence !

9h10 - Embarquement immédiat ! La clim' me donne des frissons (le message d'au-revoir de l'un de mes prétendants également). Ça parle italien autour de moi, le voyage commence déjà dans le cockpit.

12h – Escale à l'aéroport de Milan. Je n'ai pas vu le temps passer. Je cherche désespérément une sortie pour fumer. Ouf enfin dehors ! Je suis devant les ARRIVAL GATES. Il fait chaud (34°), l'endroit n'est pas du tout confortable : entre les pots d'échappement, la fumée crachée par mes voisins chauffeurs de taxi, la moiteur du parking, il est dur de se détendre un peu. Observer le manège des employés de l'aéroport, des voyageurs pressés, ceux qui arrivent, ceux qui partent, ceux qui attendent, m'apaise un peu. J'aime lire ces mouvements dans les lieux de transit. On y observe une réelle palette d'attitudes, une galerie de personnages qu'on retrouve dans chaque aéroport, gare, station de taxi... Ce manège est certainement le dénominateur commun à tout voyage.

14h20 – Départ pour Athènes. Les autres voyageurs se diversifient : italiens, un couple de français, des Siths ... Mais Dieu que le voyage est long et incommode, j'ai si mal aux genoux (princesse, moi ?).

17h35 (non 18h35, décalage horaire oblige) - Je sors de l'avion comme un diable de sa boîte. Cette fois-ci pas besoin d'attendre pour fumer, on peut s'adonner à ce vice au sein même de l'aéroport d'Athènes, aux portes d'arrivée, ce qui rend l'atmosphère oppressante et crasseuse. A l'extérieur, je rend service à un allemand (cigarette + quelques indications sur la carte). Là un charmant chauffeur de taxi propose de me conduire au centre-ville. Rougissante (et méfiante), je n'ose accepter l'offre de ce taxi à la sauvette et lui préfère le bus X95, bondé et tellement moins séduisant. Direction « place Syntagma » (ou Stigmata, comme nous la surnommerons bêtement).

Premières impressions... Les grecs conduisent vite, mal, et bruyamment. Les femmes tout particulièrement. De la vitre du bus, j'aperçois les premiers reliefs : des monts généreux se découpant rondement sur un ciel lourd et brumeux. Une végétation sèche, faite d'oliviers et de figuiers. Presque instinctivement, je me rappelle du mythe fondateur de la cité antique. L'olivier, le cadeau de la déesse, qui devint l'un des piliers de l'économie du peuple athénien. Qui aurait cru que ce simple arbuste serait à l'origine du développement d'une si grande civilisation. Des enseignes publicitaires connues s'enchaînent rapidement, la ville approche. Je remarque dans ce paysage urbain dense des églises en croix grecque, de hauts et fiers palmiers, des taxis jaunes profilés.


Place Syntagma - photo Mmarta

Arrivée à Syntagma (plus d'infos ici - eng), le jour décline. Je dois retrouver mes amies à l'hôtel... mais avant cela je dois trouver un cybercafé d'où envoyer une lettre écrite quelques heures auparavant. C'est une question de vie ou de mort (on l'aura compris, elle s'adresse à un énième prétendant...) ! Cette mission accomplie, je m'engouffre dans un taxi avant que mes acolytes ne s'inquiètent.

Je ne me souviens plus du nom de l'hôtel (Plaka Hotel peut être), situé non loin de l'Acropole. Établissement de standing : la réception fait « grand hôtel », la chambre est confortable et sa petite salle de bain sur-équipée. J'y serais bien restée plus longtemps, mais mes compagnes, m'ayant déjà assez attendu, me pressent pour partir dîner en centre-ville.

Dehors, la ville est sale. Nous sommes dans le quartier Plaka, ancien quartier très touristique, fait de petites ruelles parsemées de restaurants, d'échoppes et d'hôtels. J'ai l'impression d'être dans l'une des rues crasseuse et populaire de Paris, près de La Chapelle ou de Château Rouge, où seules les enseignes de snacks ou de vente cartes téléphoniques éclairent les trottoirs. Il n'y a pas âme qui vive, le temps est lourd, le chemin très peu éclairé, et le sol pavé est presque poisseux et glissant.

Nous rejoignons l'Acropole en métro. Quelle beauté ! Je la vois de loin, blanche et inaccessible. Mon imagination s'emporte, mon désir me tiraille le ventre. Je n'arpenterai ses marches que plus tard, mais à l'heure où je la regarde ce soir-là, un incroyable sentiment de frustration me fait presque venir les larmes aux yeux. Cachant mon trouble à mes amies, nous reprenons la route au sein des ruelles touristiques, évitant les chiens endormis assommés par la chaleur. Les boutiques sont emplies de babioles hypnotiques. Nous arrivons sur une petite place bondée, où les terrasses de restaurants jouent des coudes pour recevoir le maximum de pèlerins affamés. Les filles connaissaient déjà le petit restaurant où nous nous installons. Le serveur fait bien son travail, il est avenant et amusant. Nous commandons : salade grecque (concombre frais, poivrons, oignon rouge, olives noires, et une plaque entière de fêta) et Pasticcio (sorte de lasagne grecque ). C'est un régal ! Les filles me font un bref résumé de leur semaine passée sur les terres, et m'annoncent que nous prendrons le ferry demain aux aurores, et qu'il faut donc ne pas trop traîner ce soir.

De retour au Plaka, nous avons à peine le temps de profiter de l'incroyable vue depuis les toits de l'hôtel, aménagés en une somptueuse terrasse sur plusieurs niveaux, avec bar lounge et piscine.

Acropole de nuit, lors des incendies qui ravagèrent le pays
quelques jours avant notre arrivée -
Le Figaro


Je fume une dernière cigarette devant l'Acropole illuminée, flamboyante. J'aurais aimé faire durer cet instant éternellement, prolonger ma contemplation quasi religieuse jusqu'au ravissement.

Nota Bene : pour ceux qui auront reconnu, la petite chouette, logo des Editions Les Belles Lettres, reprend le motif d'un célèbre vase à onguents (aryballe) visible au musée du Louvre (voir)

samedi 30 octobre 2010

Grèce 2009 - Initiation d'une Koritsi

Athéna dite "Pallas de Velletri"

Copie romaine d'une œuvre attribuée à Crésilas - Musée du Louvre


HERMAION


Ce voyage était prévu depuis quelques mois. Je n'étais jamais allée en Grèce, et fouler les terres héllènes m'enthousiasmait vraiment : abreuvée de mythes et légendes antiques, assommée par de laborieux thèmes et versions en classe de Grec ancien, frustrée par ces diapositives jaunies en cours d'histoire de l'art ancien à Paris IV, par ces fragments soigneusement disposés au musée du Louvre, je devais aller moi même sur place pour vérifier le bien fondé de ces enseignements, tester ces Grecs qui me narguent depuis que je suis enfant.

Ainsi ce fut une sorte d'expédition initiatique vers le berceau de l'histoire « européenne », de l'art et de la pensée... « Mon » berceau, pour éviter ici toute polémique inutile sur la non objectivité de mon affirmation ...

Nous devions partir à cinq, puis les évènements ont fait que nous nous retrouvions à quatre amazones, pour une semaine de séjour bien méritée à l'île de Paros (Cyclades).

Nous ne souhaitions pas nous perdre dans le tumulte d'îles plus connues pour leurs soirées que pour leur soleils couchants. Paros semblait toute indiquée pour les amateurs de silence et de repos. Mes amies se sont accordées en amont une semaine dans le Péloponnèse, pour arpenter les reliefs, visiter les vieilles pierres et souffrir de la compagnie d'un soleil de plomb et d'un vent insistant. Ces derniers ne nous quitteront pas d'une semelle durant tout le séjour.

Illustrations : mes instruments de torture, le Grand Bailly et Hermaion, ouvrages destinés à me faire rentrer le grec ancien dans le crâne... Maintenant je sais ce qu'a dû endurer le grand Zeus ...