dimanche 22 juillet 2012

JAPON 2012 - JOUR 2 - Vide impérial

Je consulte ma carte de Tokyo, indécise... 

Une tranche de pain de mie XXL et un café à l'eau engloutis, je veux me mettre en route aussitôt que possible … mais où ? 

Par quoi commencer ? Par me défaire d'une petite angoisse : l'ascension du Mont Fuji. Afin d'avoir le maximum d'informations, quoi de mieux que l'Office de Tourisme ! Comme il se trouve près de la gare de Tokyo, ça me permettra ensuite de visiter le Parc Impérial, peut-être pourrais-je même visiter le palais ? 

Je prends donc le métro, pleine d'espoirs. Je me retrouve dans un quartier d'affaires pourvu de gigantesques tours de verre. Je suis l'itinéraire au dos du plan, qui indique l'adresse du TIC. Je me perds encore. Ces buildings sont trop grands. Ma carte pas assez précise. J'arrive finalement devant une tour, après avoir longé une artère sans attraits, franchi un tunnel sombre, dépassé plusieurs parkings … bref, un parcours tout sauf pittoresque. J'entre. Il faut maintenant aller au 9e étage. Pas pratique pour un touriste perdu qui cherche de l'aide. Je commence à me demander si … si je ne me serais pas trompé d'adresse ? Eh bien si Agnès, tu te trouves juste au siège de l'éditeur qui a  imprimé la carte que tu consultes actuellement !! C'est comme se retrouver au siège social de la RATP alors qu'on cherche juste des infos sur le pass Navigo. Quel boulet.

Penaude mais amusée par ma propre bêtise, je rebrousse chemin et trouve enfin le bureau de l'Office, dans un quartier limitrophe bien plus chic, où des enseignes de luxe rivalisent d'arrogante sobriété : Marunouchi.

Deux dames élégantes m’accueillent avec une joviale politesse. Une grande, une plus petite, toutes deux âgées d'une cinquantaine d'années, répondent à mes questions mieux que je ne l'aurais imaginé. Elles me fournissent toutes les cartes, tous les horaires de trains, me donnent de bons conseils, me proposent de prendre en charge le moindre détail … Tant et si bien que je me retrouve lestée d'un monceau de paperasses incroyable, et malgré tout indécise quand à la faisabilité de ce projet. D'ailleurs je ne tarde pas à laisser tomber ce rêve fou. Pourtant cet échange n'aura pas été vain : au delà de leur sens aigu du service, de leur prévenance, ces deux dames furent très heureuses d'échanger et rire avec moi. Avant de les quitter, elles m'offrent une petite grue en origami que je conserve encore aujourd'hui. Je leur en suis reconnaissante, et me dirige à présent vers le jardin impérial.


Encore entourée d'imposants buildings dressés vers le ciel, j’aboutis brutalement sur un horizon vert et totalement dépourvu de constructions. Je franchi un premier terre-plein entouré de douves. Un héron s'y mouille les pieds. Incroyable poésie cohabitant avec l'urbanisme ultramoderne. J'assiste alors à un drôle de spectacle : quatre hommes et une machine, je suppose là pour ramasser les rares déchets semés par le vent (ou les touristes américains sans manières), avancent lentement le long de la route. Le premier signale l'existence du convoi en soufflant dans son sifflet.  Le second pousse le volant. Le troisième brandi un drapeau qui délimite la zone d'intervention. Le dernier ferme la marche en brandissant un bâton rouge. 

...Quatre personnes...
...Pour ramasser des feuilles...

 Je serais témoin maintes fois dans mon voyage de ces surprenants emplois d'intérêts généraux, occupés la plupart du temps par des personnes d'un certain âge, tâches de nature si anecdotique qu'on se demande quelle en est l'utilité. Le plein emploi. La multiplication des petits jobs pour assurer sa retraite, ou sa survie ?      

Ce curieux cortège derrière moi, j'arrive devant l'entrée du palais impérial, superficiellement gardée par deux officiers droits comme des i, et par de banales barrières en métal indiquant « no entry ». 

 Pas d'entrée. 

Ça tombe bien je n'avais pas particulièrement envie de visiter le palais. La plus grande partie n'est pas accessible au public à l'exception des jardins de l'Est. J'apprends plus tard que l'intérieur du palais n'est ouvert au public que deux jours par an, le jour de l'anniversaire de l'empereur (23 décembre) et pour le Nouvel An (2 janvier). Je contourne donc ces sens interdits et rejoins les jardins de l'Est vanté par mes deux élégantes. Là encore, une impasse m'attends. Rien qui n'éveille ma curiosité, ni me fasse soupirer. On me donne un petit jeton en plastique à l'entrée du parc, qui sera à rendre à ma sortie, comme dans une fête foraine ! Je pousse la balade encore plus loin, vers la dernière partie du jardin, Kitanomaru Garden... Là encore, rien ne se passe. Si. Un congrès dans une salle de spectacles aux allures de temple-dojo, dont les sorties sont veillées par un essaim de japonais tous vêtus à l'identique, noir et blanc. Flippant.


Je sors enfin du désert vert, pour arriver au sanctuaire shinto Yasukuni, connu pour son hommage (culte divin même) aux soldats japonais morts entre 1868 et 1951. Polémique élévation. A cet instant je ne sais rien de tout cela, et j'arpente sans conviction l'allée principale qui commence à se parer de lampions. Il commence à y avoir trop de vide et de gris dans cette matinée. Je presse le pas, fais la moue devant la façade du temple (qui ne méritait pas cette grimace), sors du sanctuaire et me rue vers la bouche de métro la plus proche (Ichigaya). 

Direction Shinjuku, avec la certitude qu'un peu de plus de « fun » m'y attend.

samedi 14 juillet 2012

JAPON 2012 - JOUR 1

Une vitre me sépare encore des merveilleuses vues qu'offre le pays, 
mais bon sang … j'y suis enfin ! 


Un sourire permanent aux lèvres, j'ouvre grand les yeux sur la campagne qui défile. Narita se trouve à une soixantaine de kilomètre de la capitale, dans la province de Chiba. Comme dans tous les lieux que je découvrirais au Japon, ces campagnes se caractérisent par un relief marqué, avec ces chaînes de hautes collines  / montagnes qui découpent l'horizon et l'animent d'un vaporeux manteau blanc. Spectacle formidable de ces jeux de nuages dans lesquels, plus d'une fois, j'ai cru reconnaître un sage, un dragon, un yokaï. 
Le vert également. Partout, forêts denses, rizières et bambous exhibent leurs couleurs et la souplesse de leurs tiges agitées par le vent à ceux qui veulent bien y prêter attention. L'eau est également omniprésente. Rivières, lacs, mer, pluie … Elle jaillit de la moindre pierre, courre entre les racines, entoure les plus beaux monuments et bouillonne dans les carrières de soufre. Et malheureusement pour moi, elle tombe aussi du ciel assidûment lors de la saison des pluies qui marque le début de l'été. 
Des habitations clairsemées ponctuent ce décor luxuriant. Toits traditionnels en pentes incurvées aux tuiles vernies bleues, vertes, noires, tellement brillantes qu'on les croirait posées la veille.  Plus on se rapproche de Tokyo, plus les habitations se concentrent, se simplifient, s'enlaidissent. A la périphérie, de très hauts buildings, tels d'énormes ruches rectangulaires, doivent bien accueillir des milliers de personnes. On construit même des HLM pour voitures ! Le Japon est une île. L'espace y est compté. On construit donc en hauteur. Les logements sont très petits et le moindre espace est utilisé, reconverti, à l'image de ces box à vélos qui comblent les arcades supportant le métro aérien. 

Tokyo est en vue, mais très vite l'Express plonge dans les souterrains, coupant court à mes observations géographiques. J'arrive enfin à bon port.

ASAKUSABASHI - ANNE HOSTEL

Le grand jeu du « Gaijin dans le métro » est ouvert ! J'ai quelques souvenirs de ma précédente expérience et rapidement je trouve mes repères. L'auberge de jeunesse ANNE HOSTEL se trouve dans le quartier d'ASAKUSABASHI. Via la JR Line (Yamanote Line puis Sobu Line), j'y suis en quelques minutes. J'embrouille le contrôleur au guichet, n'arrivant pas à sortir des portiques, le montant de mon ticket n'étant pas correct. Enfin à l'air libre (Edo Dori, le nom du boulevard), je regarde autour de moi, plans à la main. Beaucoup de boutiques de perles synthétiques brillantes et de poupées traditionnelles. Bien entendu je me plante de direction, erre quelques minutes le long d'un canal, découvre une prometteuse petite loge-restaurant en bord de quai, me fait aider par un employé de livraison (black), et finalement trouve le chemin de l'auberge, guillerette, rassurée, même pas fatiguée.

L'auberge ANNE HOSTEL est idéalement située, à proximité d'une station bien desservie, à 10 min à pied d'AKIHABARA, dans un quartier de petits restaurants et magasins qui longent la ligne de métro, forts chaleureux la nuit venant.  Occupant tous les étages d'un petit immeuble, l’accueil se trouve au dernier niveau. On enlève bien entendu ses chaussures avant d'entrer, ce qui  provoque,  les jours où l’hôtel est complet, un raz de marée de tongs, crocs, baskets crevées et autres godasses fatiguées, qu'on imagine avoir traversé le monde entier. Considérez qu'une miss comme moi arrivait à laisser là trois paires de pompes … Imaginez un peu le spectacle.
 
Bibi m'accueille toute sourire, me fait visiter chambre et salle commune. J'ai opté pour une chambre pour 3 personnes, de type traditionnel. Le mobilier se résume aux tatamis, futons et un petit chevet. Tout cela est charmant, largement suffisant et exactement ce que je cherchais. Une salle de bain par étage, avec une baignoire qui à elle seule me fait exploser de joie. Je prends quelques minutes pour souffler, m'installer, et décide, malgré la fatigue, de sortir faire un tour. J'aurais dû m'abstenir ! Pensant pouvoir rejoindre ASAKUSA, UENO, ou encore AKIHABARA sans trop de difficulté, je ne vais au contraire que m'éloigner de ces différents points, plus j’essaierais de les approcher. Comme si les rues me jouaient des tours et faisaient reculer ces quartiers au fur et à mesure que j'avançais.

AKIHABARA
Je me perds donc, peste, m'épuise, rebrousse chemin, reprends ma carte, à l'endroit, à l'envers … Merde ! 


A force de tourner en rond, j'arrive finalement à AKIHABARA, le quartier électronique où on achète/optimise son ordinateur par petits bouts, trouve le dernier gadget USB, rend son Iphone unique. C'est aussi un coin connu pour ses Maid Cafés, dont la promotion est faite par les célèbres jeunes japonaises déguisées en soubrette. 

La nuit tombe … les lumières s'allument ! J'en prends plein les yeux, une nouvelle fois. Chaque boutique rivalise en spots hypnotisant, en lumières aveuglantes, en maids beuglantes. C'est à qui te tapera le plus dans l'oeil, te crèvera le plus les tympans, te tentera le plus par ces affiches dérangeantes de très jeunes filles aux atouts démesurés. Je remonte CHUO DORI, m'arrête devant la station Suehirocho, et décide de m'en tenir là pour aujourd'hui.  


Sur le chemin du retour, je me souviens d'un bar à sushi à l'angle du Big Apple (boîte à Pachinko), juste à l'ouest de la gare d'AKIHABARA. Je prie pour qu'il soit toujours là. Prières exaucées ! Je rentre comme à la maison, accueillie par une formule de politesse que je ne saisi pas, phrase qui rebondira de chef en chef. Je m'installe au comptoir et dévore des yeux le spectacle des petites assiettes mouvantes. Tout à l'air excellent ! Le chef au centre de la ronde officie en silence et alimente régulièrement le tapis électrique de ses fraîches confections. Je prends une première assiette, puis deux, puis trois … J'essaye de retourner le sushis dans ma bouche, pour que le poisson soit en contact avec ma langue. J'ai l'air con, mais quel délice ! Le poisson fond et caresse les papilles. Je pourrais hurler de plaisir ! Au bout de six assiettes, je suis repue et émue aux larmes. J'attends encore un peu, bois un thé vert en poudre (matcha), écoute mes voisins sans les comprendre (la majorité des clients sont des hommes), me dirige vers la caisse et m'en sort pour un prix ultra modeste si on considère la qualité des produits.
 
Je rentre à pieds, confiante dans ce sens de l'orientation qui m'aura pourtant joué des tours précédemment, et rentre à l'auberge sans encombres, guidée en fin de parcours par un officier de régulation du trafic prévenant et bardé de lumière.

Mon futon déjà prêt pour le dernier atterrissage. 


Bonne nuit petite gaijin !

JAPON 2012 - DEPART IMMINENT

Dans la vie on naît, on meurt,
et entre les deux ...

... oui je plagie, mais vous propose de m’accompagner dans cet entre-deux rempli cet été 2012 de la plus belle manière.

Lundi 5 mars

3h du matin. J’appuie sur la touche « Envoyer ». Je l’aurai bien rebaptisée autrement cette touche : « Choix » « Au revoir » « Libération » « Va te faire foutre implacable tyran » ... Cette nuit je me sépare de mon amant. Je me libère d’un joug écrasant et initie une remontée à l’air libre. Cette nuit, je donne un grand coup de pied au fond de la piscine, impulsion aux airs d’automutilation déchirante mais nécessaire. Me couper un bras, mais me sauvegarder.
 
Mon sauf-conduit
Impossible de dormir. Le jour ne se lève décidément pas. Mon coeur bat fort, le sang cogne sur mes tempes. Je suis bouleversée. Abasourdie. Anéantie. Je veux pleurer. Rien ne sort. Je suis écœurée, dans le sens propre du terme. Sans coeur. Froide. Morte. Soudain, ce tumulte s’arrête. Quelque-part dans la nuit, un crépitement, une petite musique, le bruit d’une porte qui s’ouvre... Je voyage depuis un certain nombre d’années, en Europe principalement. C’est un plaisir. Une émotion. Un goût. Mais nul voyage n’aura eu l’impact émotionnel que ce premier rendez-vous pris avec le Japon en 2010. Ce fut un choc. Un rêve éveillé qui durera une trop courte semaine. Je m’étais promise d’y retourner. Encore. Ce soir, je décide de commander mon billet pour Tokyo. J’appuie une nouvelle fois sur la touche « Envoyer », qui cette fois-ci pouvait se lire « Euphorie » ou « Ataraxie ».

C’est dit, je pars au Japon !

Mardi 26 juin

Quatre mois se sont écoulés. Je pars seule, avec un programme ambitieux : Tokyo, Kamakura, Hakone, ascension du Mont Fuji, et Kyoto pour finir. Six hébergements différents. Une nuit où je ne sais encore où je dormirais. J’aviserais pour les transports sur place. Pas de progrès dans ma maîtrise du japonais. Il faut croire que la technique d’apprentissage sur Nintendo DS n’a pas su me motiver. Excitée mais pas angoissée. Pas comme mes proches qui se demandent bien quel mouche m’a piqué en décidant de voyager si loin, si seule. Je me sens prête. Je brûle d’envie de fouler à nouveau ces terres chéries. Il est 8h du matin, je m’arme de ma valise et démarre ma fantastique aventure.
 
Colourful
C’est presque avec déception que je ne rencontre pas de galères particulières ce matin. Juste ce vernis à ongles trop frais qui collera à mes chaussettes toute la journée. Ma tenue est « presque » adaptée au voyage : je suis à poil mais j’ai au moins eu la présence d’esprit de ne pas mettre de talons hauts. Dans le métro, les parisiens vont travailler. Ils sont à des kilomètres de ce qui se bouscule dans ma tête à cet instant. J’ai débranché ma prise secteur. Je quitte ce rythme de fou, et m’apprête à matérialiser cette distance par quelques milliers de kilomètres.

Je reçois quelques messages de mes proches qui finissent d’emplir mon cœur d'allégresse. A l'aéroport Charles de Gaulle tout se déroule parfaitement. J’attends que mon vol s’affiche, devant une assiette en carton sur laquelle je gribouille. Mon manège intrigue un asiatique aux cheveux d’argent assis juste en face. Il se met à me dessiner, au fusain qui plus est ! Je fais semblant de ne rien avoir vu.
 
Embarquement immédiat
J’embarque dans un Airbus de la compagnie russe Aeroflot. La Tristesse de Chopin résonne dans le cockpit. Un signe. J’avais offert une petite boîte à musique à mon ex-tyran qui diffusait ce même morceau. J’y pense ... et puis j’oublie.
 
A ma droite s’installe un français d’origine asiatique photophobe et agité. A ma gauche, une sorte d’avocate en partance pour la Mongolie. Nos contacts se résumeront à quelques sourires pincés lorsqu’il fallait se chevaucher les uns les autres pour s’extraire de nos sièges. Les hôtesses sont vêtues d’un orange franc, toutes aux yeux clairs et froids, ce qui me rappelle Dorota, une artiste croisée dans mes années « galeries » à Paris. Je gamberge sur la définition du type « russe », mi asiatique, mi scandinave, cette rudesse, cette ossature, ces joues, ces lèvres pulpeuses. La femme de la rangée d’en face en est le parfait exemple. Mais bon sang qu’elle arrête de gesticuler ! A couvrir impudiquement son mari de baisers piquants...

Quatre heures de vol me séparent de l’escale à Moscou. Petite suée lorsqu’il fallu se présenter au bureau des transits, le billet fourni à Paris n’étant pas reconnu par les autorités moscovites. Je parviens à me procurer le bon pass et à franchir les portes. Je n’ai pas très envie de me lier aux autres. J’observe mais je suis en priorité à MON écoute. Là, une beauté slave aux jambes interminables, scandaleusement élégante, d’une pudeur révoltante. Gate 20, un jeune étudiant en littérature à la Sorbonne dragouille une japonaise maladroitement. C’est mignon. C’est agaçant.
 
Gundam wings ... ou presque
J’embarque. Une jeune fille aux cheveux emmêlés échange sa place à coté de moi avec un jeune japonais qui sera mon compagnon pendant tout le vol. Il s’appelle Keita et revient au pays après plusieurs mois de travail en Europe, suivant la tournée d’un festival de cinéma (ou de théâtre, je n’ai pas bien saisi). Plutôt beau garçon, il est souriant, décontracté, prévenant à outrance, et parle très bien anglais. J’avais repéré ce garçon qui écrivait en japonais sur un carnet lors du précédent vol. Un petit dessin représentant Jack l'Épouvantail de Tim Burton avait piqué ma curiosité, et j’ai supposé qu'il commentait la visite de l’expo à Paris. J’avais vu juste ! Keita est triste de rentrer. Il habite à l’Ouest de Tokyo (Nakano), dans un petit 20m² dont il est propriétaire, et ne se voit pas vivre/travailler au Japon. Il déplore le système. Je regrette de ne pas lui avoir demandé d’expliquer cette phrase. Il se faisait déjà tard, j’étais arrivée au bout de ma capacité d’écoute. Nous nous promettons de nous revoir, avec au programme la découverte d’une gamestore gigantesque où satisfaire ma soif d’action figure et autres japoniaiseries, le Mandarake Galaxy.

Mercredi 27 juin

Le célèbre message d'accueil
Bien entendu j’ai très mal dormi. Ai-je dormi d’ailleurs ? L’avion avançant dans la nuit, j’ai assisté à de nombreux levés de soleil, mais de nuit je n’ai pas eu. Déboussolée, mal assise, je serais presque inquiète. Je crains d’avoir perdu l’excitation de la nouveauté, les palpitations qui m’animaient lors de ma première croisière. Serais-je devenue insensible ? Je ne saurais le supporter. Nous arrivons doucement à l'aéroport de Narita, 10h30 heure locale (7h de décalage avec la France). Je passe l’immigration avec une déclaration remplie au stylo rose. Quoi ça ne vous va pas ? Le pays du kawaï n’accepte pas de documents officiels pastels ? Je retourne à la case départ, fais mes adieux à Keita et fonce vers la première cabine fumeur qui se présente, déjà occupée par une horde de petits français en manque. Notre réputation est sans failles ! Je prends le Narita Express qui me conduit à Tokyo en 30 minutes.

Tokyo me voilà !

dimanche 6 mai 2012

Barcelone – avril/mai 2012 - JOUR 1


SAGRADA FAMILIA (1) - Portail de la Passion

Vite ! Un truc à se mettre dans le ventre ! Nous croisons à nouveau ce duo de voyageurs un peu perdus, qui, quel hasard, séjournent dans la même auberge que nous ! Nous ne nous en soucions pas plus et partons en quête d'un breuvage chaud et d'un siège où choir.


De part et d'autre de l'avenue (Passeig de Gracia) s'élèvent deux énormes réverbères, que je qualifie volontiers de potences par leur aspect imposant, métallique, presque agressif . Ces structures sont l’œuvre de l'architecte Pere Falqués i Urpí, qui habilla tout Barcelone de ses créations singulières au début du XXe siècle.

P'tit déj avalé (serveuse pas très aimable, mais clientes certainement pas mieux lunées), nous reprenons le metro (linea 2) direction … la basilique de la Sagrada Familia.


Premier coup de poing rétinien ! On la connaît bien cette vue aérienne du monument en construction, avec ses flèches qui n'en finissent pas, cet aspect boueux, cette couleur terre, l'enduit grumeleux, les reliefs grouillants, figures indéfinissables, le farfelu, le pharaonique de l'entreprise qui ne connait de fin, la démesure, l'ubris

Tout cela se vérifie et se dépasse en un battement de cils ! Nous sommes sorties du côté du portail principal, l'entrée supposée du monument. Or la basilique est ouverte au public sur son flanc gauche. Ne comprenant pas tout de suite comment accéder au ventre de la bête, nous allons et venons bêtement devant les grilles fermées, puis enfin nous nous décidons de demander de l'aide à un très joli gardien (aka Miguel). Toutes ragaillardies par ce genre de sourire qui suffit au bonheur de toute femme, nous contournons l'étrange construction, en apprécions les dimensions, les matériaux, la folie.

La file d'attente ne sera pas bien longue. L'entrée est chère (13€). Mais ça en valait mille fois la peine. 

   
Le porche du transept gauche (façade de la Passion) est très différent de celui l'entrée principale (façade de la Nativité). Il ressemble fortement aux trépieds d'un vaisseau spatial qui aurait fait halte là. Des échos de Moebius ou Miyazaki... Agnès, tu sombres dans l'anachronisme ! Je mets de côté ses associations antichroniques et regarde ce que j'ai devant moi avec un seul mot à la bouche : tranchant ! De grandes arêtes obliques font office de colonnes et se fichent droit dans le sol. Les sculptures sont brutes : pas de naturalisme, les visages sont carrés, les silhouettes grossièrement découpées, les angles droits et polis. Tout est aigu. Rien n'est rond, diligent. La lumière ne glisse pas sur ces formes : ça sera noir ou blanc, lumière ou obscurité. Ce matin là, la façade est particulièrement blanche, presque aveuglante.



Les figures des soldats attirent mon attention. Cagoulés, rigides, il fichent la frousse. Un particulièrement, sur son cheval, massif, imposant, pétrifiant. Je remarque un peu partout des symboles, qui seront expliqués plus tard dans le musée au sous-sol. On sent qu'il y a un message codé, qui va au-delà des vertus théologiques de l'ensemble.


Dernier haussement de sourcil avant d'entrer dans l'édifice : un Christ à la colonne, en guise de trumeau ; idée incongrue et géniale !

samedi 5 mai 2012

Barcelone – avril/mai 2012 - JOUR 1

DE LA GARE AU PASSEIG DE GRACIA

Nous n'avions pas minutieusement préparé ce petit voyage. Quelques cartes imprimées, un guide acheté mais peu consulté, douces imprécisions qui laisseront place aux surprises, au hasard, aux errances chargées de ce sentiment que j'adore : la liberté.

Nous voici donc « libérées » des wagons noctambules, à chercher le chemin de notre première auberge de jeunesse. Deux jeunes backpackers indécis nous demandent la direction du métro le plus proche. Inversion des rôles, c'est nous deux qui suivrons ces deux garçons que nous nommerons bêtement Apu et Milooze.


Station Barceloneta, ligne 4, arrêt station Passeig de Gracia.

Le temps est gris. Nos pulls et vestons ne sont pas de trop. En sortant du métro, nous écarquillons déjà les yeux. De grandes artères. De larges trottoirs. Je surnomme ce quartier les Champs Elysées barcelonais. Point de repère insolite (et girly) : l'énorme boutique Zara au croisement de la Gran Via de les Corts Catalones. Nous remontons tranquillement la rue, faites d'hôtels de luxe et de boutiques tendance. Tiens ? La Bourse porte de drôles de stigmates … de grosses tâches de peinture vive sont encore visibles. J'ai trouvé ce qu'il s'était passé ici, le 15 octobre dernier et très certainement à maintes occasions, lors de manifestations des syndicats et autres groupes de protestation locaux.

http://www.3viajesaldia.com/fotos-de-las-manifestaciones-del-15o-occupywallstreet/protesta_bolsa_barcelona_15o/

Que les façades sont riches ! Alambiquées, faites de balcons-bulbes, de vérandas protubérantes, de pinacles délirants, le tout dans un mélange de styles alliant médiéval, art-nouveau, colonnes grecques, verre, fer forgé, briques … Cette impression est à son paroxysme devant la Casa Battlo, devant laquelle se pressent déjà des curieux. Nous ne la visiterons pas, mais vu de l'extérieur, cette maison de Gaudi, emblématique, concentre tout le génie onirico-fanatique de l'artiste et le profond sentiment de liberté, d'humour, d'audace, de rêve, qui se dégage de chaque pierre de cette cité fabuleuse.

Notre promenade s'arrête au croisement de la Carrer de Valencia, où nous nargue le prétentieux Hotel Majestic, que nous dépassons vite pour rejoindre l'entrée de l'auberge de jeunesse Lenin Hostel. Celle-ci nous surprend agréablement par sa beauté. Nous ne nous attentions pas à tant de fioritures : hall en pierre polie, vitres décorées, ascenseur flambant neuf … Subjuguée, on se trompe d'étage ... Hélées par le gérant de l'auberge qui nous fait signe de descendre d'un cran, nous trouvons enfin la bonne porte. Nous posons nos affaires dans un petit réduit digne de confiance. Rien à signaler sur cet hôtel qui se résume pour le moment à un couloir peu éclairé. 

Débarrassées de nos poids, nous pouvons enfin nous restaurer et commencer notre aventure … Olééé

Barcelone – avril/mai 2012 - NUIT 1


TRAIN DE NUIT

Emy concentrée
Par soucis d’économie, Emilie et moi avons opté pour le train de nuit pour nous rendre à Barcelone, sur la compagnie RENFE, SNCF locale. C’est la première fois que je visiterais la ville. J’en ai entendu parler cela va de soit. En bien. En très bien. Dernier témoignage en date, celui d’Alexis, qui a succombé à la belle espagnole et décida d’y élire domicile. On dit que tout y est plus simple, plus libre, plus chaleureux, à échelle humaine, une ville à la plage, un paradis à portée de main. J’empoigne mon sac et compte bien vérifier la légende par moi même.

20h20 : le train démarre. Pas de couchettes mais des sièges inclinables, inconfortables en position assise, guère mieux en version « semi inclinée ». Nous mangeons un frichti monopéen, échangeons quelques espoirs, des nouvelles de notre semaine de travail, puis ma compagne et moi-même sombrons bientôt dans un sommeil qui ressemblera péniblement à ces assises modulables : dur, ni bon ni mauvais, courbé, usé.

6h30 (+1j) : Je fais cesser cette nuit en pointillés, perturbée par une voyageuse malade et mon insolente vessie, et profite du spectacle des campagnes catalanes embrumées. Quelques clochers de briques s’élèvent. Nous faisons une escale à Gerone et arrivons bientôt à la Gare de França, Barcelone.

Gare de França - 8h15

mercredi 18 janvier 2012

AMSTERDAM - Vendredi 13 janvier – Une nuit au Conservatoire

Amsterdam !

Ma première visite, en décembre 2006, me laisse le souvenir désagréable d’un froid pénétrant, de rues bondées et étroites, de baraques diffusant une odeur de graillon peu alléchante, un musée quasi fermé … un échec pour faire court. Cette année, j’y retourne avec Alix dans des conditions … plus que favorables. Lisez pour voir !

Vendredi 13 janvier – Une nuit au Conservatoire

19h25, le Thalys démarre doucement. Premier petit privilège : billets en première classe avec dîner servi par une équipe de jeunettes. Le trajet dure 4 heures. Nos voisins sont peu bavards. Je bavarde avec ma comparse, je somnole, le week-end commence tout doux …

Arrivées à Amsterdam à 22h30, nous constatons avec surprise le monceau d’ordures qui jonchent le sol de la gare centrale. Il y a-t-il eut une fête hier ? Mauvaise, je suspecte mes compatriotes narco-trotteurs d’avoir encore fait honneur à leur réputation. J’apprendrais plus tard qu’une grève du personnel a sévit. A l’extérieur, ça brille déjà ! Les décorations de Noël n’ont pas encore été décrochées, il fait presque doux, mon cache-oreille en lapin ne servira à rien ! Nous prenons un taxi qui nous mènera au Museumkwarkiet, au sud du centre-ville, où se trouve notre premier hôtel.

Hotel Conservatorium : nous arrivons dans une cour, d’où on aperçoit l’intérieur du hall de l’hôtel, grâce à une gigantesque baie vitrée. On nous accueille en français rondement (Etienne, le « night manager » est francophone) et nous mène à notre chambre. Le complexe a ouvert très récemment et les travaux ne sont pas encore finis. Sur plus d’une centaine de chambres prévues, seules 20 sont ouvertes. On devine les travaux en cours un peu partout, les finitions ne sont pas faites, ça sent la peinture et les fournitures neuves … Le charme est quelque peu dégradé, mais ça ne durera pas.

La chambre est très confortable. C’est un duplex avec deux salles de bain, une vue sur Van Baerlestraat (grosse artère sans grand intérêt), deux télévisions dans leur écrin de verre mat … Luxe simple mais sans panache.


Après avoir piaillé de bonheur pendant quelques minutes, nous descendons au bar, qui ce soir est bondé. C’est l’une des adresses les plus en vogue du moment, à en croire le personnel du Conservatorium. Pour accéder au bar, nous traversons le hall pour atteindre l’aile ouest du bâtiment.


Le bar est effectivement plein comme un œuf. On distingue mal les pieds, sacs et autres verres à éviter tant les « beautiful people » forment une masse compacte. Alix et moi arrivons tant bien que mal au bar, garni des bouteilles les plus racées, agencées dans des niches savamment éclairées. C’est beau .ça claque. C’est chiant. Comme d’habitude, pour commander un verre c’est la guerre, surtout quand un local « brushingué » vient vous narguer en parlant de la perte du AAA et de la taille de notre président. Comme technique d’approche, on a vu mieux …

Verres à la main (verre de blanc pour miss Alix, cocktail vodka Grey Goose–passion pour moi), nous nous réfugions à l’arrière de la salle pour respirer un peu, et observer. Un fumoir en haut nous permettra d’y voir plus clair. Nous bavardons une petite heure, voyant aller et venir des cocottes dorées aux longs cheveux de laine, répandre notre fiel contre ces gravures apprêtées, et regagnons rapidement nos appartements, en considérant que, définitivement, ce n’est pas là notre guerre.

Ultime moment de relaxation du jour : s’endormir en comptant les points d’un tournoi de fléchettes féminin à la TV … Du jamais vu !

lundi 26 décembre 2011

VADE MECUM A STOCKHOLM - WIRSTRÖMS PUB

Wirstroms Pub
Stora Nygatan 13- map
Station T Gamla Stan
Site internet

Gamla Stan … un peu l’équivalent de l’Île de la Cité à Paris. Je me repère encore très mal dans Stockholm, et de Gamla, je n’ai aperçu que quelques rues. Assez pour en apprécier le caractère : rues piétonnes pavées, une grande unité dans les façades, architecture médiévale, pubs à tous les coins de rue. Ce quartier très touristique se nomme « vieille ville » en suédois.

Je suis invitée à franchir la porte de l’une de ces tavernes. Là dans un angle, un bar irlandais à l’étroite entrée attire le passant frigorifié par une trop longue nuit de décembre. A travers les vitres filtre une lumière ocrée et le brouhaha d’une foule chaleureuse. Une belle enseigne en fer forgé marque le début d'une histoire.

Il y a tellement de neige dehors qu’il fut difficile d’ouvrir la porte !

J’entre et c’est la cohue ! Le bar est bondé. Tout en longueur, le comptoir à droite draine difficilement les assoiffés vers le fond de la salle. La lumière tamisée habille un intérieur riche en petits détails : banquettes matelassées, cadres renfermant maint anecdotes irlandaises (dont le Claddagh), objets en alliages brillants, boiseries, vitraux … ça fait « typique » et ce n’est pas trop mal fait.

Je joue des coudes pour atteindre l’extrémité du bar et l’accès au sous-sol. Le palier lui aussi est plein à craquer. Des petits espaces y sont aménagés pour rentabiliser la moindre parcelle libre. Un escalier en pierre descend vers des caves voutées, transformées en salle de concert cette nuit-là. Un autre comptoir s’y trouve, et une multitude de petites niches où sociabilisent gaiement une foule plus variée qu’ailleurs.

Je ne paie pas grande attention au spectacle donné, et m’assied volontiers autour d’une lourde table en bois. La carte des bières est très riche, le show fédère les buveurs, et moi je trinque avec mes compagnons jovialement, les voisins de table changeant régulièrement, offrant visages et langages différents.

Un très bon moment passé dans les souterrains de la vieille ville dans un bar où les langues se délient enfin. Un lieu que je conseille à ceux qui abhorrent les lounges aux cocktails alambiqués et aux compagnies interchangeables.

Musique live régulièrement programmée qui plus est, cheers then !

dimanche 2 octobre 2011

VADE MECUM A STOCKHOLM - CAFE OPERA













Café Opera
Karl XII:s Torg - map
Station T Kungsträdgarden
Site internet

Je suis allergique aux boîtes de nuit. Je n'y vais que très bien accompagnée, et je m'y lasse très vite. Néanmoins, j'ai pointé mon nez dans l'une des adresses les plus « hype » de Stockholm (paraît-il), le Café Opéra, en plein centre de la Capitale, aux bords du Kungsträdgarden et à deux pas du port.

Situé dans une ancienne salle de bal (nous sommes à l'arrière du Kungliga Operan), le lieu conserve un charme indiscutable, une ambiance particulière respectée et assimilée par le « glacis » tendance. Une grand voûte peinte surplombe la salle principale. Elle est animée d'angelots musiciens, de figures à peine voilées, Apollon ne doit pas être très loin... ça passe, ce n'est pas trop cucul. Des bas-reliefs riches, de lourdes guirlandes, des pendentifs ornementés, d'énormes lustres, de grandes baies vitrées donnant sur le jardin… Une grande profusion, mais curieusement pas trop lourde. Un équilibre a été trouvé : les cieux baroques se marient très bien avec la sobriété d'un aménagement contemporain monochrome, tout en éclairages bleu et violet, mobilier sobre, géométrique, style « âârchi » comme j'aime le qualifier.

Réhabilitation réussie !

Quel meilleur emplacement pour une boîte de nuit d'une ancienne salle de danse mondaine !

Passé la surprise du mariage entre histoire, architecture et ambitions commerciales, je jette un œil au bar, à droite de la salle, tout en longueur, aménagé sous les arcs qui soutiennent la voûte. Un bar. Avec des barmen... tous blonds. Tous suédois. RAS. Évidemment la bière coûte un œil. Je n'ai pas prêté plus attention à la liste des breuvages. Ça ne m'intéresse pas.

Le son ? Oui j'entends bien quelque-chose arriver depuis le fond de la salle. L'ancien orchestre abrite aujourd'hui les platines. Là encore, rien de remarquable, mais je ne suis vraiment pas bon public. Oui, j'avoue, j'ai dû gigoter parce que j'étais heureuse d'être « de sortie » et en bonne compagnie, mais pas pour la qualité du DJ.

Où est-ce qu'on danse d'ailleurs ? L'essentiel de la salle est occupé par les fauteuils. Alors on s'arrange. Devant l'orchestre, entre deux fauteuils, devant le bar... Ce n'est pas confortable du tout, mais qui a dit d'un club était fait pour être moelleux ? Restez debout, levez vos verres, entrechoquez-vous ! Je ne supporte pas cela ! Je suis une grincheuse, oui …

Population ? Il était 23h30 – 00h, la salle se remplissait à peine. Des jeunes, tous propres sur eux, blonds, beaux, lisses. Énervants quoi. Mais pas de folies. Pas d'énergumènes. Rien qui dépasse. La Suède …

Le reste du club ? A l'étage, le vestiaire, cosy, velours rouges, sans surenchère, avec une petite salle de repos. RAS. A l'extérieur, tout le monde fume autour de deux grands cendriers. Là où la soirée pourra se jouer, pour certains.

Le Café Opera est donc une curiosité à ne pas manquer, une très jolie salle remise au goût du jour, qui plaira autant aux historiens de l'art, aux épicuriens, qu'aux princes et princesses de la nuit.

Photos : Max Plunger

VADE MECUM A STOCKHOLM - JAPANSK RESTAURANG NAGANO


JAPANSK RESTAURANG NAGANO
Rådmansgatan, 58
Station T Rådmansgatan
pas de site internet - map

Ce petit restaurant, planqué derrière un 7Eleven vaut le détour. Tout près de la Stockholm School of Economics et du Jardin de l'Observatoire, il prodigue, le midi seulement, un accueil et une carte sans égal.

Les propriétaires, d'authentiques japonais, vous saluent humblement mais sans excès, et invitent vite à s'asseoir sur l'un des bancs qui occupent une salle de taille modeste, toute habillée en bois, dans l'esprit d'une auberge japonaise traditionnelle. Dans la décoration, de la retenue, ça ne « fait pas » japonais, ça l'est, simplement. Table en bois, bancs simples et matelassés, tatamis, palissades ajourées. Le patron, assis un peu à l'écart, se bidonne en lisant des revues laissées là. En effet, des livres japonais et autres revues sont laissés négligemment à la disposition de tous, comme cela se fait au Japon, où tout le monde peut laisser un ouvrage, ou repartir avec celui laissé par le client précédent.

L'employée, suédoise, est un peu allumée. Les menus ne sont pas très lisibles, et ne déchiffrant ni suédois, ni japonais, je fais confiance aux photos d'un Katsu Curry que je reconnais entre mille !
Pour 85 sek seulement (9€), j'ai devant moi une portion de mon plat favori, délicieux soit dit en passant, avec miso (divin) et thé à volonté ! On se croirait à la maison. On se sent bien, on pourrait rester pour toujours...

Discrétion, attention, modestie, authenticité, tout dans cette petite adresse invite à l'inscrire au top 10 des adresses où on se sent bien, où on peut faire un break entre deux cours, entre deux visites, en attendant un ami, où que le jour décline … Comptez sur cette petite équipe pour vous décharger du poids de votre journée, vous dorloter, sans vous ruiner, avec un petit bonbon en prime …

VADE MECUM A STOCKHOLM - INCIPIT

Je n'ai jamais écrit sur Stockholm, et pourtant Dieu sait le nombre de fois où j'y ai posé le pied.

Comme mes moult excursions suédoises ne peuvent se délivrer en récit linéaire, je choisis de laisser quelques notes « volantes » sur des lieux visités, appréciés ou non, comme des post-it qu'on colle dans son agenda, qu'on retrouve quelques mois après en se disant :

« Flüke Gäärden ?? j'y suis allée bien sûr ! Quel souvenir ! »

On y va ? Pour commencer, petit clin d'oeil avec la spécialité qui m'a poussé à franchir les 2000 kms qui me séparent de Stockholm, le "Kanelbulle", brioche à la cannelle très appréciée par les suédois. Vous savez quoi, le jour du Kanelbulle, c'est dans 2 jours (4 octobre) !

vendredi 15 juillet 2011

Lettonie - jour 2 - Dazzling Morning

8h. Sur le balcon de ma chambre. Il fait clair comme en plein milieu de journée. Je craignais être déstabilisée par ces soleils matinaux qui déchirent les voiles de l’aurore et forcent la naissance du jour. Mais le spectacle qu’ils illuminent ce matin en vaut la peine.

Dehors, des nuances de vert brillant. Des arbres hauts, parfaitement rectilignes, en rang serrés, quadrillent géométriquement l’arrière- plan. Le soleil, dont les rayons zèbrent la pelouse régulièrement, se prend pour Midas. Toutes les couleurs sont éclatantes, si vives qu’on se croirait devant un Gauguin.
Paul Gauguin - Bord de mer I (La rade de Saint-Pierre vue de l'Anse Turin

La nature clame silencieusement sa suprématie. Seul le sourd murmure de la mer vient rompre le dialogue des nuances. Pas un seul indice de la présence humaine. Même nos compagnons au rez-de-chaussée restent silencieux.

La maison est récente. Toute en bois, juchée sur une terrasse, elle se marrie parfaitement avec son environnement.

Un jardin entretenu avec soin l’entoure, avec son petit potager, ses herbes, son banc de fortune, là une cabane à bois proprette, ici quelques objets rejetés par la mer aux allures de totems. Le grand salon, vitré dans sa majorité, est très agréable. Peu de différence entre dehors et dedans… A l’exception des moustiques. Véritable plaie à cette époque, ils ne nous laisseront aucun répit. La véranda, tout aussi commode et pourvue d’une cheminée, s’est armée d’une moustiquaire en métal des plus efficaces. Un sauna, équipement pour moi extraordinaire, s’ajoute au confort du lieu. A l’étage, trois chambres toutes pourvues d’un balcon et de vues imprenables sur la forêt ou la plage un peu plus loin.

Un havre. Je suis honorée d’y être conviée.

Nous passerons la matinée dehors, sous un soleil mordant.