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samedi 14 août 2010

Rome - Jour 1 – Trip to Beauvais


4h00 - rue la Bruyère - Paris

Mon périple démarre sur les chapeaux de roue : je réalise hier, à minuit, que mes feuilles d'embarquement ne sont pas imprimées, et que, sans elles, PAS DE DÉPART POSSIBLE. Je ne panique pas longtemps, abattue, trop avinée après un sympathique pot avec mes comparses Al et Em.

Me voilà donc debout à 4h du mat', dans le vague, à rassembler mes derniers bagages et mes esprits, autant que faire se peut. J'ai mal au crâne, j'ai le ventre noué d'envie, d'excitation, d'angoisse ...

J'ai certainement dû rêver que je loupais l'avion ...

C'est « bruchinguée », mais pas maquillée, que je sors de chez moi prestement, direction le N01, le premier Noctilien jamais utilisé depuis leur mise en place en 2005. Je dois avoir l'air drôle avec ma jupe à poix blancs, ma croix au cou (grigri qui ne me quittera pas du voyage), ma valise à la main, dodelinant péniblement, avec mes jolies ballerines à rubans. Quelques noctambules fatigués remarquent ma drôle de cadence, et s'amusent un peu.

Arrêt Moncey. J'arrive, en sueur, dix minutes trop tôt. Dix longues minutes à trouver la pause qui me fera le moins passer pour une prostituée... Malgré mes efforts, deux voitures s'arrêteront. « On m'a dit qu'un bonbon m'attendait à l'arrêt de bus, et je te trouves là, si c'est pas le destin... ». Je les éconduis le plus diplomatiquement possible, en scrutant désespérément l'arrivée du Noctilien.

J'arrive à la Gare du Nord à 5h05. Je me rue vers mon bureau (ah oui j'oubliais : ne pouvant le faire de chez moi, la seule solution était d'imprimer au bureau. Seul hic : point de métro à 5h du mat, mon bus pour Beauvais partant à 6h pétantes Porte Maillot... donc Noctilien, donc galère, donc p**** de m*****...). Quelle étrange sensation. Se retrouver la nuit à mon poste, ça fiche le bourdon. Brrrr. Je dois aller le plus vite possible, mon temps est compté. En deux temps trois mouvements mes feuilles sont sorties, je prends une photo de moi que je publie sur FB, et me revoilà dehors à 5h25.

Je prends du cash, monte à Stalingrad, et hèle le premier taxi que je trouve.

C'est là que commence mon voyage ...

« J'ai plus que besoin que vous m'ameniez Porte Maillot Monsieur » ai-je déclamé, à bout de nerfs. La préciosité du terme a fait rire le chauffeur. « On ne me l'avait jamais faite celle-là! ». Le parcours se fera dans un silence complice. Il me dépose right on time au Parking Pershing porte Maillot, me remercie pour « l'agréable compagnie », je me confonds en remerciements maladroit et fonce vers le guichet.

6h15 – le bus démarre

Le soleil n'est pas encore levé, et moi, je pique dangereusement du nez. Mon voisin échange quelques messages avec une « Louise ». Il ne pourra donc m'aider à combattre le sommeil. Déjà, je veux garder les yeux ouverts le plus longtemps possible pour m'imprégner toute entière du mouvement, des vues, des autres, du Voyage ...

Passées les voies très urbaines, grises, polluées (oh .... une péniche, près de Suresnes, fend l'eau avec une molle douceur. Dans mon demi-sommeil, je trouverais presque cela gracieux),

nous circulons maintenant sur de dangereuses voies embrumées par les vapeurs qui se dégagent des cultures bordant l'autoroute. C'est fantomatique ! Une nappe blanche recouvre tout. Le soleil, neuf et rougeoyant il y a quelques minutes, s'est changé en un pâle globe impuissant.

On n'y voit rien à cent mètres....Le chauffeur ralentit le pas.


7h30 - L'aéroport est en vue

Je me pose à un snack, avale le pire muffin de l'univers, accompagné du pire jus de chaussette de la galaxie. Les vols sont quelque peu retardés. La brume recouvre les pistes d'atterrissage.

Rien de particulièrement remarquable dans les files qui se pressent aux portes d'embarcation : un couple de Death Metalleux en partance pour Oslo (so cliché), une grande perche qui ressemble beaucoup à la soeur d'Al, une vieille dame, coquette, qui exprime un peu trop son inquiétude, une très jolie jeune fille aux yeux clairs ...

Embarquement immédiat à bord du coucou en plastique de Ryanair !

Ah il est loin le temps des équipements « bioniques » de la Japan Air Lines ! Sur Ryanair, pas de places attribuées, rien pour déposer ses papiers, toutes les structures sont en plastique bleu nuit, dans le cockpit, deux rangées de trois sièges bien serrés les uns contre les autres ... et surtout, ces publicités impromptues et polluant ce plaisir du voyage. On nous propose cigarettes, alcool et jeux à gratter !

Le ciel deviendrait-il aussi tentateur et perverti que les Enfers ?

Dans deux heures je serais loin de ces profanes sollicitations.

9h20 - L'avion décolle ...

dimanche 25 juillet 2010

La Suisse - juin 2010















Commençons par le voyage le plus récent :

la Suisse (4 - 6 juin 2010)

Je n'étais jamais allée en Suisse.

Enfin ... Si ... je me suis amusée à passer la frontière "imaginaire" entre les deux pays il y a bien longtemps, avec mon petit frère, pendant nos vacances au Jura.

La Suisse ... Les Helvètes ...

Nous avons tous de grands clichés à propos de ce peuple : neutralité, lenteur, banques, chocolat et vaches mauves paissant mollement dans un paysage montagnard de carte postale.

Je me suis confrontée à ces clichés.
J'en ai conforté certains, et balayés d'autres.

VENDREDI 4 juin

18h - Gare de Lyon - Paris

La voiture est spacieuse, les passagers détendus. Nous sommes les seules à bavarder, brisant la quiétude de ce trajet de 4h. Nous nous tairons bientôt.

Les paysages défilent : la banlieue puis des plaines cultivées bien connues, soporifiques à souhait. Arrivées à la frontière, l'horizon change, s'élève et se verdi. Les pins sombres nous jaugent, les reliefs surgissent presque trop brutalement, et la rassurante trace de l'homme se raréfie...
Le train s'enfonce dans des cols étroits, on suffoque un peu. Quelques gares désertes annoncent bientôt la fin du parcours.

Ouf. Je n'en pouvait plus ! L'hypnotisante contemplation des vues filant à toute vitesse ne m'apportait plus aucun plaisir et me procurait, insidieusement, une désespérante nausée.

22h - Lausanne, la nuit















Je connaissais cette gare. J'avais porté là-bas des toiles de l'artiste Syrien Sabhan Adam, lors d'un périple "express" de 24h. Je reconnais le café où j'ai attendu la galeriste.

Nous trouvons sans trop de difficultés notre auberge de jeunesse. Elle est incroyablement confortable, et, vu de l'extérieur, le bâtiment ressemble fort à un hôtel particulier cossu. Nous nous félicitons de ce choix, et gagnons notre chambre. Nous la partagerons avec un pèlerin, venu de Belgique pour rejoindre Saint Jacques de Compostelle. Nous l'avons réveillé et nous nous en excusons. "Cela ne fait rien mesdemoiselles, mais sachez que demain je partirai aux aurores." Je n'oublie pas de lui demander de prier pour nous...

Nous gravissons la rue pavée qui relie la gare au centre-ville, et nous émerveillons devant tant de quiétude, devant les arches de la place centrale, où se tient une performance plus ou moins artistique. Des (très) jeunes partout. Une atmosphère tiède, presque pesante. Nous retournons sur nos pas, et retrouvons une taverne dont l'enseigne avait attiré notre attention à l'aller. Quatre krieks plus tard, nous allons nous coucher.

SAMEDI 5 JUIN

9h - Lausanne, le jour















Je me réveille assez tôt, l'ami pèlerin m'ayant, malgré sa plus grande discrétion, réveillée à son départ. Le soleil se lève incroyablement tôt ici ... Nos ablutions faites, Alix et moi décidons de petit-déjeuner devant le Lac Leman. Ce sera un échec, le lac étant bien trop loin (nos cartes sont trompeuses). Mais nous gagnons au change : en cherchant à se rapprocher de l'eau, nous tombons sur une brocante de quartier, sise dans un parc, où bientôt un flux de badauds nonchalants se déverse, aimablement. Nous sommes ravies, nous y passerons presque deux heures.

12h - Centre ville de Lausanne

Après cette matinée aux allures de Kermesse, nous décidons d'apprivoiser la ville un tantinet. J'avais sur moi l'or que maman m'a confié. A l'entrée de la rue pavée, Alix s'écrie "Regarde Agnès, une boutique de change, là devant toi!". En effet, trop attirée par des panneaux municipaux annonçant des concerts de Rachmaninov, je n'avais pas vu l'enseigne de cette boutique.

Nous y entrons.

Le marchand est jeune, typé, beau ... et manchot. Il nous met à l'aise, pèse mes trésors, et commence son office. Je suis émerveillée! j'ai l'impression de me tenir en face d'un alchimiste. Un quart "d'or" passe, et me voilà avec 600 Fr Suisse en poche ! Je jubile comme une gamine ! Je vais pouvoir inviter Alix à manger quelque part
(et surtout payer mes meubles IKEA).

Je ne retiens rien de particulier du tour que nous avons fait de la ville. Nous sommes montées, montées, montées ... Vers une cathédrale aux blanches sculptures très réalistes. Tout ce quartier "médiéval" était désert. On note des enseignes très travaillées à tous les coins de rue. On sent surtout que le temps est en suspend. Nous redescendons par d'antiques escaliers, et trouvons une brasserie où se sustenter. Une flammekuche, une pinte, et nous voilà prêtes à partir pour Vevey.

15h - Direction Vevey

Gare de Lausanne, direction Vevey, là où nous attend notre château. Nous n'avons aucun problème pour trouver la bonne voie, le bon quai... C'en est presque désespèrent, et absolument pas dépaysant ...

Se perdre, voilà le début de tout voyage !

La navette nous permet de découvrir un paysage époustouflant :


finis les ruminants pétrifiés, les montagnes lugubres ; le Lac s'offre à nous dans toute
sa splendeur, dans toutes ses nuances de bleus se mariant à la perfection avec le massif alpin, majestueux.


Nous sommes Alix et moi ébahies. Nous nous esclaffons sans retenue, allant et venant du siège à la vitre, de la vitre à nos appareils photos, comme
s'il fallait garder trace de ce spectacle improbable.

C'est Beau.

Nous arrivons au bout de 20 minutes à la Gare de Vevey, trainant nos lourds sacs de voyages, moi juchée sur des talons fort mal adaptés à la situation. C'est qu'il nous fallait être aussi brillantes que possible pour faire notre entrée magistrale dans ce palace. C'est le prix à payer pour être princesse d'un soir.

17h - L'Hôtel du Grand Lac (plus d'infos sur l'hôtel ici)

Nous arrivons par la porte principale, entrée dont la superbe est entachée par quelques travaux, ce qui ruine quelque peu nos princières prétentions. Mais notre chambre est encore plus coquette que sur les brochures commerciales, et la vue est encore plus belle que dans nos rêves. C'est l'Olympe nous fait face ! Et son miroir Léman ne fait qu'exacerber sa beauté. Alix s'empresse de redescendre faire quelques clichés, ce qui me laisse le temps de goûter au plaisir d'un bain relaxant.

Nous passons ensuite deux bonnes heures à la piscine.











Objectif : détente !


Je regarde évoluer une petite famille, seule compagnie que nous aurons alors : Monsieur doit être Syrien, ou Libanais, fume un cigare de circonstance, pendant que Madame se languit en maillot de bain blanc, un cocktail à la main. Leurs enfants s'ébatte
nt joyeusement, comme deux gosses en vacances, spectacle réjouissant qu'on retrouve sans nul doute partout ailleurs, peu importe les peignoirs changés tous les matins, ou le garçon venant demander s'ils souhaitent quelque-chose à boire...

Nous sommes rafraîchies, reposées, ramollies ... Il est temps de se secouer un peu et d'arpenter les jolies rues de ce "bourg-bourgeois".

Vevey est désert. Désespérément désert. Non pas que le calme ne m'aille pas, mais ces rues vides, ces vitrines de luxes closes, ces deux enfants jouant au badminton dans une rue piétonne faite pour être bondée, tout cela transforme cette pimpante bourgade en ville fantôme.

Nous arrivons à une place, presque aussi inhabitée, et nous dirigeons vers la gare. Nous nous pointons enfin vers le Lac, pour retrouver cette auguste muraille de nuages qui nous a tant émue il y a quelques heures.

20h - Le Pique-nique trop parfait

Nous nous dirigeons vers le sud, et là nous découvrons avec stupeur où s'étaient tous réfugiés les veveysiens : une grande pelouse se révèle à nous, peuplées d'une concentration incroyable de familles venues piqueniquer. Tous très bien équipées, ils dînent en sourdine, en groupe de 4 à 10 gourmets, des familles, des groupes d'amis, tous plus policés les uns que les autres. C'est à peine si un groupe de jeunes garçons, concentrés sur une mâle compétition de plongeon en eaux froides, transperce ce calme déconcertant.

C'est ainsi bercées qu'Alix et moi déambulons sur la promenade qui longe le Lac.

Le soleil se couche.

La lumière rasante fait ressortir tous les reliefs et contrastes de la barrière alpine.



Là encore, je reste sans voix.

Je parlerai dans un autre post de Vevey et l'incroyable cohabitation de l'art et la ville qui s'y joue.

Nous retrouvons une place précédemment croisée, bordée par une plage factice du plus mauvais effet. Personne ne semble se soucier du grotesque de la scène (parfaite antinomie entre la montagne sacrée et son public d'adorateurs paresseux en bermuda). Nous choisissons un restaurant "italien", commandons une "grande" assiette d'anti-pasti (qui n'aura de grand que son prix), pour moi une assiette de fromage, et Alix ... je ne m'en souviens plus.... Le serveur nous divertira d'une petit farce dont je fais ici l'économie.

Nous décidons de rentrer à l'hôtel, une bouteille de rouge sous le bras. Nous montons à notre balcon, pour fumer quelques dernières cigarettes et trinquer à cette ravissante journée. Je m'endors alors qu'Alix échange quelques heureuses grossièretés avec ses soeurs au téléphone. Cette dernière note fraternelle suffit à combler entièrement cette riche donc épuisante journée.